84 IIISTOII\E SOCIALISTE pour,uit, on le frappe, on le taille en pièces, on laboure de poignards el de halonnelles son corps déchiqueté. Enfin la foule ivre e,l rep oussoe. On porte aill••urs le mouranl. La foule se rassemble, retrouve le chemin du crime et, sur ce corps où la 1ie s'est attardée, un orage de coup, s'aba t encore. Ramel expire, on frappe toujours. Le cadd1•re n'est plus qu'une plaie. Voilà l'état de la Provence et du illidi. Voilà, à grands traits, celle triste histoire! Et combien de faits isolés dans les villages I L'abo minable, cependant, ne tient pas tout enlier dans ces massacres, dans ce débordement d'une démagogie que le meurtre rassasie à peine. L'abominable, ce ne furent i.as seulement les pillages et les vols qui enrichirent les meurtriers, et qui placent au niveau des crimes de droit commun celle préten due révolte politique. Le pouvoir, plaidant dernnt l'histoire, a dit que surpr is par la montée de la colère publique, il n'avait pu prendre aucune précaut ion. Mais après? Après, ce fut la capitulation devant l'assassinat. On n'osa p as poursuivre, et quand on pourwivil, on n'osa pas juger I Tresu1illons promena cyniquement son impunité à Ntmes, à Avignon el à Toulouse lès meurtriers reprirent paisiblement le cours de leur. occupations : c'est seulement en 1821 que la maréchale Brune obtint des pour,miles et fit condamner un sieur Guindin ... par contumace, si bien qu'elle acc1uilla le, frJis judiciaires. Et quant au général Ramel, on ne cita en Justice que ceux qui l'avaient achevé. El on les acquitta sous le prôtexlc que les premiers coups ayant dé lerminé la mort, ceuK qui avaient porté les seconds n'avaient ·pu la causer 1 :\lais si, pendant des années, la justice royale s'a\'ilit devan t le meurlre, elle se dresse implacal:!le devant les ennemi, de la royau té. A L~ Réole vivaient les frères Foucher, deux jumeaux. généraux de la l\évolulion, hommes pondérés el jusles, au cœur noble, à l'esprit élevé, condamnés à mort sous la Révolution méme, pour avoir pris comme fonctionn aires le deuil de Louis XYI el qui tout près de l'échafaud, qu'ils considéra ient sans pâlir, avaient été miraculeusement gràciés : ils n'avaient rien vo ulu de Napoléon. Au~ Cent jours ils avaient cependant soutenu sa cause qu i pour eux était celle de la patrie ... On les dénonce, on les accuse, on les poursuit, on les arrète. On les transporte à Bordeaux le 30 Juillet el là, ils demeurent dixl!uil jours dans un cachot ignominieux, dévorés par la rermine, ne pouvant s'asseoir. Le gouverneur, M. de Vioménil les traduit deva nt un conseil de guerre pour avoir soulenu « l'usurpateur Buonaparte • comme disaient alors ceux qui avaient rampé pendant vingt ans à ses genoux. Un avocal,\un ami, va les défendre, c'est M. Ravel. Le gouverneur le lui inlerdi l et cet avocat se retire, el aucun ne le remplace I Cette désertion du devoi r el du malheur fut la houle de M. Ravel, qui d'ailleurs fut récompensé plus tard par le choix de l'assemblée et du roi comme président de la Cha mbre. Les frères Poucher se défendirent seuls: aussi bien toute parole était inutile. La senlt nce était prête, on l'exécula le jour m'éme, 27 ao1H, et les f ières eL nobles
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