René Viviani - La Restauration : 1814-1830

HISTOII\E SOCIALISTE 41 C'élail la France exclue de toute participation directe aux discussions, expropriée de toute influence. li fallait un peu s'y allenclre après le trailô du 30 mài. Aussi Talleyrand, qui en était sinon l'auteur, au moins le complice, aurait-il été réduit à l'impuissance sans lïntervenlion de lord Castel• reagh, représentant de l'Anglelerre, qui, la première, et bientôt suivie par l'Autriche, se détacha de ce redoutable concerl. L'Angleterre el la ~•rance protestèrent: le cercle ful élargi el désormais toutes les puissances furent admises à l'~laboralion du traité. Comment el pourquoi s'opéra celle révolution diplomatique qui rompait l'alliance entre ces amis d'hier el les transformait en rivau..~? C'est qu'unis pour arrêter la marche de Napoléon, ces gouvernements devaient tomber aux plus méprisables disputes, dès que se poserait la question du partage. Chacun avait sur les dépouilles un droit qu'il croyait supérieur. El c'est de celle violente rencontre des gloutonneries russe, anglaise, autrichienne, prussienne, longtemps contenues, que sortit le traité de Vienne. L'Angleterre était salisfaile, sinon rassasiée ; elle avait, de par le traité de Paris, Malte, la suprématie dans l'Inde où nous ne pouvions a1•oir qu'une troupe de police, les Iles Ioniennes el le Hanovre. Seule nation coloniale, elle ne pouvait être inquiétée par les autres, mais elle avait la crainte que la nussie, qui gouvernail trois mers, ne s'agrandit au point de devenir une redoutable rivale, el, dès lors, elle devail,au sein du congrès, combattre ses prétentions. Elle n·y manqua pas. La Russie et la Prusse avaient, au conlrdire, partie liée : la Russie avait pris la Pologne, accaparé ce qui était Je bien de la Prusse. Elle n'entendait rien lui céder. Et elle voulait, naturellement, que son alliée eül une compensation. Elle luttait pour que la Sa~e fùt entièrement inc.orporée à ta Prusse qui se déclarait satisfaite moyennant ce salaire. Mais voilà cc que l'Autriche ne pouvait accepter sans risquer d'avoir près d'elle, pour 1•oisine, une forte nation, la Prusse, au lieu de la Saxe, et pour autre voisine, ta Russie. Elle devint donc l'alHée nécessaire de l'Angleterre, au sein du congrès. Qu'allait faire la France? Vaincue, démembrée, abaissée, voilà que les compétitions les plus sordides lui restituaient le rôle d'arbitre. li fallait qu'elle le prit. El il ne lui élail pas défendu d'e,xiger, pour prix de son concours, un avantage, par exemple la revision du traité du 30 mai, déjà entamé, puisque, nonobstant la clause de l'arlicle 5 obligeant la France à se contenter de tout résultat acquis, celle-ci était la mallresse de la situation. neviser le traité du 30 mai, c'fllail reconquél'ir une partie de nos posi• lions, regagner quelques-uns des avantages si déplorablement concédés. 011 pouvait attendre de Talleyrand cet elfort. Mais Talleyrand était parti de Paris avec des pouvoirs assez précis; c'était d'obtenir la restauration sur le trône de Naples du roi Ferdinand de Bourbon, c'est-à-dire le délr0nement

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