René Viviani - La Restauration : 1814-1830

36 HISTOIHI~ SOCIALlSTls fond, par elle-même, il n'y avait rien de nouveau, et la Restauration, en apparence, devenait la plagiaire des autres régimes. Qu'avait fait la Révolution, sinon abolir les privilèges, ouvrir à tous l'accession à la propriété, décréter J'égali16 devant la loi? La Charte, en appelant Lous les Fra11çais à tous les emplois, en mai11lenanl l'ordre de propriété, en promettant de respecter les personnes, r.011obslant leurs opinions, consacrait, après Napoléon, l'œuvre révolulionnaire. Elle ne l'eùt pu extirper d'un coup sans l'ouiller jusque dans les c·nlrailles du µays et sans risqurr une révolution nouvelle, celle des inté1Ms compromis ou mrr,acés. Ainsi l'œuvre sociale ue la Révolution demeurait entière: elle était mêlée à l'àme et à la conscience même de la nation et l'ancien régime revenait trop lard pour en anéantir la substance, De plus, Napoléon avait créé autour de lui des fonctionnaires el réparti entre leurs mains les délégalions indispensables <lonl sa main avare mesurait et dofait la portée. Toutes ces créations administrative.; étaient respectées. - On peut dire, par conséquent, que la lleslauration, malgré ses prétentions, subissait l'ordre de ch0ses présent. Elle faisait éclater son désir de rétroagir jusqu'à l'ancienne époque, plus par les discouro des hommes, les excès, les provocations, les défi,. le défilé des costumes, la réintégration des anciennes modes, 11uepar le rond même des choses. Le roi, les émigrés, les royalistes se résignaicnl à l'élal présent el aspiraient au relour vers l'élal ancien. C'est d,; ce contraste, lour à tour allénué ou violent, entre le vœu des hommes médiocres gui s'étaient, par la main du malheur, abattus sur la "France, et le vœu secret el durable des choses indilférenles, c'est de celle contradiction que viendront les dil'ficullés, ensuite les soucis, puis les faules,. enfin les catastrophes par où s'effondrera au soleil de juillet la monarchie française. El ces fautes ne furent ni longues à venir, ni faciles à réparer. Napoléon avait di paru, ne laissant rien der-rière lui. Suffisant à loul, il avait étoulfé les initiative~. abaissé les caractères, laissé-prise seulement à )a rouerie d'un Fouché ou d'un 'ralleyrand. Personne Qe pouvait se vanter fi'avoir élé à son école et à personne il rr'avail permis de conquérir dans !'Étal une telle plllce que cet homme pùt mairrtenant servir utilement la royauté nQuvelle. On s'err aperçut vite et c'est dès le débul du règne que la folie, l'incapacité, la cupidité, par dessus tout la pr0fonde ignorance de la .~'rance va précipiter le régime vers la ruine. Pour le lenir debout, il eùt fallu des hommes qui, au rebours de la formule célèbre « aienl loul oublié et tout appris», qui n'eussent pas voulu, de Lous les ressorts de leur eutètement sénile ou mata !if, refaire. dans des cadres noul"eaux une monarchie, qui eussent compris leur siècle. On l'a vu, ce n'était vas le roi, moins encore son frère, moins encore sa maison el son entourage qui étaient capables de cel effort ou même de ce désir. On commence par froisser le commerce avec la fameuse ordonnance du 7 juin qui, soit à Paris, soit en province, rétablit l',obligalion légdle du repos

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