René Viviani - La Restauration : 1814-1830

HISTOl!lE SOCIALl!:;TE 33 les chemins de l'Europe, hôte, tour à lour importun ou agré,1ble, de Ioules les cours, séjourne en Italie el puis à Rome, où il ,mrie la fille de Louis XVI au fils du comte d'Artois, le duc d'AngoulOmc (179'.l), en Allemagne el enfin en Angleterre. Il perdit là rn femme, fille du roi de Sardaigne, el veuf. sans enfants, ayant enfin trouvé l'asile devant lequel tombèrent les colères de Bonaparte, il partagea sa vie entre l'étude, la lillérature, les intrigues, au demeuranl, roi cultivé pour son temps, préférant la musc grivoise au labeur pénétrant qui est un des auxiliaires de l'expérience. Son espri l, aigri par les déceptions, sïl eOl voulu s'élargir à ce moment, eOl tenté une œuvre impossihle : les courli,ans de l'infortune étaient là, le comte d"Aravay, d'abord, à sa morl, le duc de Blacas, gentilhomme provençal, ancien officier de dragons, déserteur, pour l'émigration, de ses devoir.; militaires, ardent royali.le, imprégné de Ioules les rancnne, é,lroile5 oü le cœur captif finit par se dessécher. Telle fui sa vie, dans celte Anglcterr~ qui n' 6lait plu!r, à celle époque, le premier pay~ de la liberté humaine, mais où les menaces de Bonaparte et ses projets meurtriers avaient accumulé contre la France les haines el les préjugés, et où Pitt, pour mieux vaincre, faisait appel à toutes les passions rétrogrades. Telle rut sa vie en exil, au contact d'un peuple qui ne lui pouvait donner aucune des leçons libérales, qui ceprndanl enrichissent ses traditions et son histoire, au contact du pas;é sinistre que des mains qui se croyaient pieusement fidèles ranimaient à chaque instant pour lui, tout près de l'enfant orpheline dont la trislesse lui rappelait chaque Ce qui, d'ailleurs, rend impo111ibletoute cette uentu.re, c·est d'abord le nombre des person• nages qui ont inToqué leur parenté anc Louis XVfll. De plus, on n'a jamais répondu à une question : si le dauphin a échappé en 119~ et qu·on lui ait substitué un enfant. scrofuleux et muet, il est bien extraordinaire qu'aussitôt hors de France, cet enfant qui avait dix ans n'ait pas m:rnifesté tout de suite son existence. Or, non seulement il ne dira rien à ce moment, non scu• lement il ne se rapprocber;i pas de ses oncles et de sa sœur quand elle sera échangée contre le genéral Beurnonville, mais il gardera cette aLlito.de jusqu'en 180'11 C'est à cette époque, en eff'ei, que la première revendication de son tiLre a eu lieu. Comment expliquer ce silence et cette inerLie? A-t,.il été séquesué de 119;) à 180H Par qu.i? OlL cela:! Dans quel intérêt•r Er.surtout pour• quoi l'aurait-il été dans son adolescence, et pas du tout à. l'époque de sa. jeunes,e'! Jules Fure, qui, deux fois, a prêté le presLige de sa parole a.ux descendants de Naundorff, plaidant deunt la cour de Paris, a dit que le père de aon client uaiL ét0 emprisonné, puis relàch0 - ce qui proun, disaiL-il, qu'il etait de royale extracûon et qu'on n'avait pas osé porLerla main sur sa teie. - Mait pourquoi, dès Ion, por~r la main sur sa liberté? Kt qui ne •oi&que, au contra.ire, ceux qui auraient eu un io.Léré&usez puissant pour emprisonner le jeune dauphin, auraient eu inténL à céler da,·an\age eLplus longtemps sa personne et même à la supprimerj le crime eût Olé plua atroce, mai, pa1 plus grand, en Lous cas pllll utile que cette dure séquestration. Quint à l'entrnue en\re la duchesse d'Angoulême (sœur du dauphin) aYeCNaundorlf en 1820, et à l'énnouisaemenLde la princesse, le fait ne prouYe rien; il esLtrès eompr1'!iheo!iblqoue, frappée par une re11emblance qui raviuiL ,ee aonnDir!' douloureux, Ja princesse aiL faibli un moment, et cet énnouiasemeoL n'eat pu une preuYe. Eo résumé, la. légende de cette é'f'asion ne résiate pa:, l cette double question : ai l'on a am.ch, le dauphin l •• pri1on, c'est évidemment pour le hisser à la royauté, eLpourquoi ne l'a-t-on pH fait! Si on l'a ,rracb6 au Temple pour lui supprimer eDeuite ses droit.8, on ne comprend pu pourquoi on a pris tanL de peine pour le sauver. Diur■es condamnaùon.1furent pronODcée■ contre Jes faux dauphins,

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