René Viviani - La Restauration : 1814-1830

250 HIS'fOIRE SOCIALISTE Heureusement la logique n'habitait pas sur les hauteurs de Saint-Cloud, où, parmi le luxe et la somptuosité suprême de celte dernière demeure, errait un roi épouvanté de sa tentative. Trois jours de combat, les représentations de Yilrolles, de MM. de Sennonville et d'Argout, l'inconscience hébétée de M. de Polignac, le silence des autres ministres, la création d'une commission municipale, le surgissement de La Payelle armé de l'épée civique, tout inclina à la fin cet esprit à la conciliation. li était trop lard! Le roi s'imaginait qu'il lui suffirait de nommer M. de Mortemart président du conseil et de révoquer six ministres pour tout changer. li le fil. Mais quand, sur les conseils de Vitrolles, on lui présenta la révocation iles ordonnances comme nécessaire, il signa sans vouloir lire. M. de Mortemart, incapable, vint errer dans Paris, comme une épave sur une mer houleuse. Il perdit toute une journée - celle du 30 juillet - à chercher Il qui parler. Il alla à ln Chambre des pairs, ne vint pas à la Chambre des députés, où on l'attendit vainement, fut éconduit par la commission municipale, qui refusa, sous le prétexte qu'elle manquait de pouvoirs suffisants, de recevoir la révocation des ordonnances, finit enfin par se faire donner acte par La ~'ayette du dépôt qu'il elfectuait au nom du roi, s'engoulfra obscurément dans ce mouvement comme dans une mer, et si profondément qu'il ne put même pas aviser du résultat de ses démarches le roi, qui attendit vainement un jour et une nuit une communication de son envoyé. Cependant l'insurrection ne pouvait pas attendre de la grâce des événements une solution. Le _peuple avait rendu nécessaire celle solution. Qui allait la dégager? Après l'heure des résolutions vint l'heure des intrigues. Les libéraux, elfrayés autant de l'indomptable énergie du peuple que de l'âpre tyrannie des Bourbons, cherchaient à asseoir leur fortune entre ces deux camps violemment ennemis. Des démarches furent faites par M. Laffitte, en leur nom, auprès du duc d'Orléans qui, au début des événements, s'était subitement• ellacé. li s'était exilé au Raincy, à l'insu de tous, et d'inutiles visites lui furent faites à Neuilly. Il vint enfin sur un mot pressant de Laffitte. Son état d'irrésolution était e~trême; le désir violent de la couronne était combattu en lui par la crainte de l'insuccès, soit que le trône branlant .se ralfermtt, soit que le peuple, aliant jusqu'au bout de son mouvement, fondât la République. Même il expédia· à Charles X one lettre où il se déclarait son fidèle sujet ... Mais soudain il la Ill redemander au porteur. Que s'était-il passé? Puyant devant Je peuple, devant la majesté enfin aperçue de sa révolte, la Cour a,ait quitté Saint-Cloud pour Versaiiles. C'était la retraite, la retrail11 éperdue, au milieu de l'isolement qui précède la triste fin des puissants. Si le roi fuyait, c'est don,; que la couronne vacillante allait choir de ce f'ront sans ?Udace et devenir !a proie du premier geste. l\edevenu courageux, Louis-Philippe enfln répondit : il accepta la fonction de lieutenant-général I

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