René Viviani - La Restauration : 1814-1830

:!3(i HISTOIRE SOCIALISTE t lui faisail prendre pour une injure personnelle le Tefus de _concours dont la Chambrr l'avait menacé. Ce 11e furent, dans les jours qui suivirent, que fiévreuses enquMes auprè:; des préfets, communications, lettres, visites. Une agitation scandaleuse soulevait l'adminislralio11 tout entière. la portail. selon les lieux et srlon ,es hommes, à la ruse .ou à la force, à la corruption ou à la violence. Peu d0 élccteurs, dans ce chiffre restreint que constituait le corps électoral (80000', purent se dispenser de recevoir l'affront d'une pression cynique ou d'une sollicitation. Pendant ce temps, les députés, à qui étaient signalés ces actes, ne pouvaient demeurer indécis sur leur caractère et sur leur parlée. Pourquoi Lous ces prêparalifs et à quoi devaient-ils servir, sinon au combat? D'autant que, malgré le désir qu·avail le ministère de tenir secrètes ses propres délibérations, il ne pouvait échapper à certaines indiscrétions qui trahissaient, en soulig_nanl la gravité de la mesure ]>réparée, les dissensions gouvernementales. On allait dissomlre la Chambre; tous étaient d'accord sur cet acle. J\lai, que ferait-on le lendemain au cas, où en dépit des affirmations préfectorales, la Chambre réélue serait aussi l:oslile que la Chambre dissoute? Comme tous les esprits faibles qui redouleol pour la fragilité do leurs conceptions le contact ,de la réalité, M. de Polignac s·emporlail et .ne souffrait pas qu'on pùt, sans s'attacher à une chimère, s'attacher à une telle hypothèse. Ccpcnclanl, pressé de répondre, il avait déclaré qu'en ce cas le roi tiendrait lêle à la représentation issue d'un scrutin révolutionnaire el frapperait encore de rlissolution celle chambre inacceptable. - Quoi! môme avant ct·enlrer en contact avec elle! même avant de savoir quelles sont ses vues! même avant de justifier par une première discussion l'acte de force prémédité! - • Oui, même avant •, répliquait M. de Polignac, que le roi el le dauphin approuvaient de la tôle.. - Oui, même avant et au nom de l'article J/i qui donne au roi le droit d'agir« pour la s0relé de lï,tal ». M. de Courvoisier, effrayé, se relira. suivi de M. de Chabrol; on les remplaça par ~J. de Chanlelauze cl par M. de Peyro11net. Ce revenant du ministère Villèle suffisait à indiquer aux timides ou aux aveugles le plan de violence fré11èli4ue auquel M. de Polignac allait allacher son nom. Quelques jours avant que ces remJniemenls ne s'opérassent, avait paru , l'ordonnance de dissolution, le ~cize mai 1830. La Chambre était dissoute, le:; collèges d'a1·rondissernenl étaie11l co11voqués pour le 25 juin, les collèges de ùéparlernent pour le :.l juillet, et la Chambre elle-même pour le 3 aoùl. La cour allendail merveille de ces élections où une majorité minima dequarante voix lui élail promise par les préfets. Pour la gagner, le Gouvernement descendit à l'acte qu\,vait toujours, jusqu'ici, refusé le roi. Charles X rédigea un manife,le électoral, pour prier à la fois el commander. Ainsi il entrait tout armé dans la lice. Ainsi il devenait le monarque de comhal el non le roi constitutionnel que la !lclivité souveraine d'une reuille de papier

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==