René Viviani - La Restauration : 1814-1830

2ilo HISTOIRI~ SOCIALISTE avaient dôr>lu. Des démissions suivaient les promotions scandaleuses où d'autres olllcier, lriompbaienl, leur u11iforme n'étant plus que la livrée des valets de l'f:glise. De missions partout parcouraient Je pays, interdisant le:; représentations théâtrales sous le prétexte d'outrage au ciel, et surtout poursuivant )lolière jusque dans la lombe en empêchant la reproduction de ce Tartttf P dont les manœuvres souples el cyniques rappelaient trop leurs actuels procédés. La sacristie gouvernait, et dans son obscurité, le pr(:lre, redouté, dominait les familles. La congrégation allail jusqu'à placer des domestiques el jusqu'à rechercher les secrets de l'alcôve. Jamais son insolence ne rut I areille. Elle avait emprisonné dans ses mains i,nisibles tout le pouvoir, le roi, la cour, une partie de la presse. L'heure de son règne était venue el c'était elle qui lenail le sceptre débile que Charles X ne maniait plus. A ce moment cependant, un coup redoutable, presque mortel, lui fut frappé. Il ne lui venait pas des soldats du libéralisme que celle réaction déhor,lail, mais d'une main qu·on lui croyait amie. M. de Monllosier, ancien membre de la Constituante, émigré, défenseur intransigeant de l'ancien régime, pul,liail un Mémoire à consulter, qui fut contre l'organisation de, jésuites un brillant réquisitoire. r.erles le vieil ennemi de la Révolution, qu'avait plus encore aigri l'exil, ne pensait pas défendre par ce retentissant pamphlet la 1>ensée libre do11L il avait l'insti11clive horreur. li ne défendait même pas le libéralisme. Fidèle à sa foi, il parlait au nom de la religion. compromise par l'eiploilalion éhontée dont la compagnie de Jésui se faisait un bénéfice moral el un lucre matériel : sous les coups- de ce catholique agenouillé devant l'autel dans un sincère élan, el qui n'était suspect,\ aucun, la congrégation recula. A la Chambre, M. de Frayssinous, interpellé, avoua · l'existence, niée jusqu'alors, de cette association illégale que tant d'édils avaient proscrite. M. ùe Montlosier, ne se contentant pas de son accusation pul:>lique, dénonça à la cour de Paris celle e~istence irrégulière. Tous attendaient l'arrêt de la cour, déjà odieuse au royalisme pour avoir_acquillé des journaux libéraux. La cour se déclara incompétente, mais en rappelant le nombre et la date et la substance des édits qui avaient interdit la congrégation des jésuites. La condamnation indirecte, mai~ tout de même redoutable, frappait au front celle compagnie, qui chancela. Contre elle, toutes les forces restée, intactes, celles de la ,ieille ~'rance gallicane que représentait M. de Montlosier, celle de la Prance libérale 4ui parlait par li. Casimir Périer, la France d~s philosophes que la presse libérale symbolisait, la France des juristes inditrérenl, à tout ce qui n'est pas la loi el qui s'exprimait par la cour de Paris, tout luttait. Mais, pris de vertige sur les hauteurs où le taoard de la vie el le, retours de la fortune l'avaient placé, le 1ieux roi ne pensait plm;, ne ,oyait plus. Il livrait son intérêt mtlme, lïntcrél dyuastique, ou dignité de roi laïc, tout le prestige résumé officiellement en

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