198 HfS'J'OlllE SOCIALIS'l'E le Gouvernement prll ses ordinaires précautions et que la candidature offtciellr, depuis longtemps éclose et sous tous les ministères, apparût encore, qu'elle fût soutenue avec vigueur par les agents du pouvoir cl impoôéc au corps restreint des électeurs presque tous tributaires de l'État; personne ne s'en indignait, ne s'en étonnait même. Mais la débauche de l'arbitraire fut telle que l'imagiaalion fot·cenée d'un trran ne l'aurait peµt-être pas osé rêver si formidable. M. de Peyronnet, bien entendu, adressa des circulaires à ses agents, invoquant avec éclat la théorie nouvelle que celui qui sert le Gouvernement le trahit s'il n'use de sa fonction pour combattre ses ennemi~. Cette littérature, que nous jugeons odieuse à distance, était devenue fade par son propre abus. Cette fois on alla plus loin : on fit appel aux procureurs généraux pour leur recommander de surveiller les notaires, les huissiers, les avoués, tous agents de l'é:tat et qui lui devaient le dévouement complet. On eût pu supporter encore celte forme de la pression olllcielle. ~lais celle-ci fit appel au faux : pour voter, un électeur devait payer un imQôt de 300 francs. Ceux qui, parini les électeur., ne furent pas jugés capables de voler pour le pouvoir, subirent, pour cette année, un dégrèvement inattendu qui les rejetait hors de la liste des électeurs. D'autres, qui inspiraient confiance, étaient plus imposés et parvenaient ainsi, par un accroissement factice, au rang d'électeurs. A ceux-ci on refusait leurs titres; à ceu ,-làon les renvoyait sous prétexte que leurs prénoms n'étaie11t pas semblables. Croit-on qu'un électeur qui s'appelait Chry,oslhomc fut privé dn droit de voter parce que, si une h se trouvait sur son acte de naissance, cet li ne se retrouvait plus sur un autre de ses actès? Bien entendu, le résultat de ces élections fut tel qu'on le pouvait attendre. 'l'reize libéraux seulement purent triompher des honteux artifices par lesquels la volonté électorale avait él6 altérée. Le général Foy, '.\Dl. Casimir Perier el Benjamin Constant, qui avaient subi lout le choc de la réaction, revenaient. Les premières séances qui suivirent le discours du roi furent naturellement consacrées à la validation des pouvoirs. C'est en vain que la gauche signala les fraudes, les délits, les crimes commis conlre la morale el co11tre la loi. Une invincible résistance lui fut olîerte par u11edroite insolente, dont la vicloire spoliée accroissait encore l'arrogance. Les libéraux, renforcés par quatre députés du centre gauche, dont Royer-Collard, formaient avec eux un groupe de dix-sept représentants, supérieur, certes, par la valeur morale ~l oratoire, mais ne pouvant même pas surmonter de sa voix, sans cesse étouffée, le tumulte concerté et grandi,sanl. Seul, Benjamin CoosLant faillit être frappé, à la demande de M. Oudon, qui lui contesta sa qualité de ~'rançais, sous le prétexte de son extranéité matérielle et sans tenir compte de la natio• nalité de ses ascendants maternels et paternels qui étaient Prançais. M. Dudon s'emporta m~me jusqu'à reprocher à Benjamin Constant de louches opé• culations. L'orateur libéral rejeta ayec mépris cette insinuation et foudroya
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