René Viviani - La Restauration : 1814-1830

i06 111S't'OIRË SOCIALiS'i'É Le lendemain de ce succès on contempla l'envers de la force et, comme toujours, le spectacle fut hideux. Qu'avons-nous gagné en Espagne? Des malédictions qui ne furent même pas compensées par des profits. Le peuple exaspéré, exploité en 1808 par la soldatesque im1;ériale el par ses chefs rapaces, meurtri en 18:?:3,garda au cœnr une- ulessure. Le roi ne fut naturellement pas reconnaissant pour qui l'avait remi, sur son trône branlant. Ce fut l'Angleterre qui recueillit le bénéflc~ de toute la campagne el c'est avec elle que les traités de commerce furent élaborés. Le seul profil fut, en France, pour la réaction al,ominable. Désormais elle se pouvait tout permettre et elle se vautra partout. Qui pouvait résister à ses coups? Elle avait été jusque-là, quoique honteuse d'elle-même en son humilité devant l'étranger, red,rnlalile à la lioerté. Maintenant elle avait lavé ses souillures, elle le croyait ùu moins, repris contact avec la victoire m,ilitaire, el que les lys fussent salis de rnnp;, tout comme l'aigle impériale, il y avait pour elle orgueil et joie. Qui pouvait l'arrêter, lui 1·épo11Ire, lui résister'! Elle abattit autour c1·e11ep, our le compte ùe la Gougrégation, Loules les tête,, illustres ou huinhles, où le rayonne111e11tde la pensée lui désignait une hostilité. Les uuiversités rurent vitlées des rares hommes dont la parole libérale pouvait encore élever l'âme de la jeunesse. Même M. Guizot, qui avait étil le complice assidu et ve1-Lueux, dans sa sophistique doctrinale, de la première heure, et que n'avait pas reouté la solitude de G~nù, même lui dut desrendre de sa chaire. Royer-Collard ful cha,sé de la sienne, car ce royaliste sévère et probe, qui avail rêvé l'impossible réconcilialion des deux mondes, l'ancien el le nouveau régime réunis, la vie se suffis ,nt ùu sépulcre, Royer-Collard était suspect! Les journaux. même littéraire;, furent frappés, les écrivains dépouillés de leur pension, les simples particuliers traqués, un curé, sous l'ordre de l'évêque, refusant le baplôme à un nouveau-né parce quïl était tenu sur les fonts baptismaux par Manuel (üe Vaulabelle, turne VI). b:ufin on aboutit au but, qui élail de dissoudre là Chambre el de la faire rêôlire pour sept années. Le 2::i décembre 18:23 celte Assem!Jlée fut dissoute., Qu'avait-elle refu,é aux caprices ministériels? Ilien. Elle avait voté la guerre, volé les' crédits, chassé Ma1111edl e la tribune, meurtri la liberté d~s peuples sous toutes ses foru,es ! Élail-il po,sible de supposer qu'une autre Chambre serait plus docile·? Celle gageure paradoxale fut tenue et gagnée·. On croyait avoir atteint les lin,iles dernières de la réaction: on ne fabail que vasser le seuil. L'histoire ùe la Fran~e va mainleuant descendre dans la nuit. Cette Chambre qui allait être élue, on se réservait de lui faire tenir sept années ùuranl son rôle parlementaire - saur la ·dissolution toujours possible à la demande du roi. On voit par là que' le ministère engageait toute la partie et qu'il s'exposait, en cas d'insuccès même partiel, à se river pour un temps durable à une Chambre hostile. On s'attendait donc à ce qut

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