René Viviani - La Restauration : 1814-1830

· 604 HISTOIUE SOCIALISTE en France le gouvernement? C'esl J'alTaire des Français! Et leur vœu doil être libre? Et puis pourquoi les Bourbons? Qui parle d'eux? Voilà quelques semaines que les alliés foulaienl le sol de Prance, et pas un cri, pas un mol, pas un geste n'avaienl pu permellre aux alliés de croire que le gouvernemenl des Bourbons était désiré. » C'élait là l'argument décisif".Comme il arrive parfois, dans l'escrime savante de la logique, à cel argument péremploire, M. de Vitrolles ne répondil pas, de peur de' ne pas pouvoir l'ébranler. Mais il lui en opposa un autre, d'un autre ordre, et qui devait émouvoir Alexandre. « Les vœux de la France? Soit. Mais les ,œux des rois? L'empereur ne devait-il aucun sacrifice à la cause de l'illl'iolabililé des trônes? La tête de Louis XVI était tombée, ébranlaul à la même minute toutes les têtes couronnées. N'était-ce pas un exemple à donner que la réunion des rois pour relever un trône abaltu sous les orages? Or, si cela devait être,' quelle famille, mieux que la maison de France, méritait le bénéfice de cette restauralion ?... Et quant à la popularité des Bourbons, elle était éclatante. Seulement les lèvre, n'étaient pas encore libres de livrer passage au cri profond du cœur. Que l'Empire tombe, el une immense acclamalion emplira la France et Paris ... » L'empereur était rbranlé. Le lendrmain, les armées coalisées se mirent en marche vers la capitale, de Vitrolles dans la voiture de Metternich. Elles roulèrent devanl eux, tel le vent les feuilles mortes, le~ débris épuisés des armées de Marmont et de llorlier. EnOn, les voilà à Paris. Il fallait frapper les yeux, les oreilles d'Alexandre de manifestations roynlistrs. L'intrigue savante, l'activité, l'audace, rien ne manqua à la royauté déchue. Le matin du jour où les alliés devaient rentrer à Paris, à quatre heures du matin, Alexandre recevait une déléga lion du Conseil municipal qui lui assurait la confiance de Paris. Et le défilé commençait. Les cocardes blanche$, les drapeaux blancs, les mouchoirs blancs éblouissaient Alexandre, muet, pendant que rnn entourage encourageait du geste et du sourire la manifeslalion royalisle. M. Sosthène de La Rocilefoucauld raconte dans ses llfémoires qu'il s'é· lait approché d'un officier général de l'empereur Alexandre pnur lui demander ses impressions. « 11 faudrait un acte décisif, avnit dit ce dernier, un acte décisif qui enlraînàt l'empereur. - Par exemple, la chute de la colonne Vendôme? - Oui.» Et la tentative fut faite, non par haine contre l'empereur, mals pour persuader Alexandre des sentiments de la population. C'étaient là les preuves tangibles de la popularité des Bourbons, la manifestation d'opinion,« le vœu • de la Prance dont avait parlé Alexandre I Mais, au fond, ce dernier ne dem3ndait qu"à être convaincu. Certes, il était

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