René Viviani - La Restauration : 1814-1830

HISTOIRE SOCIALISTE i61 nom était donné. Mais l'instruction, qui se heurtait aux dénégations irritées et tranchantes des conjurés, n'4urail pu aller plus loin, si elle n'avait, comme il devait toujours arriver dans ces complots de la Restauration, bénéficié des aveux de l'un des prisonniers. Le commandant Bérard était un homme droit et courageux, mais que la prison accablait el que les larmes de rn femme, le suppliant de rn sauver par l'affirmation de la vérité, amollissaient. li céda, parla, mai~, honteux de lui-même, se reprit assez vilo pour ne donner à l'instruction qu'un grand espoir suivi d'une grande déception, et, comme on va le voir, ce demi-aveu de ses lèvres, vile refermées, devait davantage servir le procès qu'une dénégation persistante. Au mois de mai 1821, l'alîaire fut soumise à la Cour des Pair,; celte affaire avait pris à l'instruction et devait garder jusqu'à son terme un tour singulier. La pensée générale était que cette compiralion était fictile, qu'il y avait là une gro,sière erreur de la police, et que le cabinet avait voulu rar là tendre des pièges à des hommes légers, peut-être, cl non coupables. L"attilude des accusés, auxquels leurs défenseurs soufflaient leur rôle, rendit plus précise cette pensée qui finit par devenir, en l'esprit même des juges de la Cour des Pairs, une conviction. Dans cc procès, chargé par ses co-accusés, écrasé de responsabilités, le capitaine Nant il passa pour un agent de la police, et son fin profil Je céda à la louche figure de l'agenl provocateur. Vingl fois, du fond de sa retraite où il complotait, il voulut s'élancer, au ris 1ue de J"écharaud, pour donner rn vie et reprendre son honneur; mais il s'immola au rnlut commun el se 1ésigna au rôle qui seul poU1ail arracher à la place de Grève ceux qu'elle atlell!'ait. Le commandant Bérard, lui aussi, ne tarda pas à supporter toute la responsabilité d'une conspiration avorléc. Il dul subir les outrages de ses compagnons qui, afin de mieux jouer leur rôle, alîeclaient de ne le pouvoir gardrr comme voisin, et les dures et méprisantes paroles des témoins. Enfin la Cour des Paris eut jusqu'au bout l'illusion qu'elle tenait un complot de police, et elle rendit un arrôt, le 20 Juin, pour acquilter tous les cond~mnés présents, et condamner à cinq ans de prison cinq d'entre eux : elle avait condamné à mort les accusés contumaces. Cel arrêt irrita violemment la cour et la majorité: il rut imputé comme un acte de coupable faiblesse au cabinet. Mais qu'y pouvail-il? C"étail plutôt contre lui qu'en faveur des accusés que sétail prononcée la Cour. De la pcrl de cette assemblée, Jugeant Judiciairement, c'élait la première manifestation politique d'une hostilité qui va s'accroitre. Etait-ce jalousie d'une assemblée reléguée au loin, tandis que l'attention el l'émotion publique se portaie11l sur la Chilmbre des députés? Etait-ce influence déterminante exercée par la fournée des 64 pairs nouveaux que lI. Decazes avait jetés dans la pairie? Etait-ce réveil, sinon du libéralisme, au moins des souvenirs du passé chez ces pairs, presque tous anciens serviteurs el privilégiés de l'Empire? Des sentiwents complexes mènent les assemblées et il est cerlain qu'à cette tri;.le

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