René Viviani - La Restauration : 1814-1830

HISTOIRE SOCIALISTE 15\l arait-elle donc établi jamais sa splendeur présente,? El puis il fit l'éloge des ofBciers, des rnldats qui s'étaient levés aux heures de l'invasion ... Peut-êtreeut-il tort de le faire trop complet. Il était difficile, surtout au général Foy, qui était un témoin averti el informé, de n'avoir pas entendu les accusations rormulées contre les maréchaux. Ayant servi en Espagne, ne rnvait-il pas ce qu'avait été la conduite de Soult, les ma'édictioos qui avaient suivi sa l rompte retraite et qu'à l'heure môme où l'on se trouvait, il avait 2Gmillions déposés à la Danque d'Angleterre? Ne savait il pas que Da1•ou,t avait i 800000 francs de rente ? Et Junot, et Masséna, et Marmont? Pour ce dernier, le général Foy no connaissait-il pas la t•rrible dép6che de Napoléon? (Dayonne, 8 mai i8ù8. La sol<le de l'armée de Dalmatie esl arriérée parce que vous avez distrait 400000 francs de la caisse du payeur pour d'autres dépenses. Yous n'avez pas le droit, sous aucuu préteüe, de forcer la caisse ... ) Mais il restait à poser et à résoudre la seule question du tlèbat: l'indemnité est-elle due? Si elle était due, que pouvait faire le déth3lnement de colères el en quoi un contrat loyalement passé par l'Etat pou l'ait-il ètre sacrifié aux passions? Or l'indemnité était due, et la Reslauralion en avail la charge comme héritière du régime précédent: sans doute une Révolution peut se dégager des promesses antérieures, parce qu'elle esl la Révolution, el qu'elle bâtit sur une terre uouve'.le un édifice nouveau. Mais la Restauration n'était pas la Révolution, elle héritait les charges el les avantages ,'u régime impérial. N'avait-elle pas soldé l'nrriér6 des budget,, payé les frais de la guerre? N'avait-elle pas accepté le Code civil et, ~près quelque, hés:talions, l'œuvre concordataire? N'avait-elle 1as conservé les grandes administrations centralisées? N'avait-elle pas, pour le moment, comme minisl res, quatre des anciens collaborateurs de Napoléon? li semblait donc que la thèse gouvernementale allait prévaloir : elle ne rut môme pas l!résentée. )I. Pasquier balbutia quelques paroles, éleva contre les projets de la commission de t:mides I rote~talion~, et quand on passa aux voles, le cabinet s'abstint! La Chambre trausforma eu secours distribués par le caprice royal l'indemnité due : la delle fut transformée en aumône. Bien plus : on se servit de l'argent disponible pour accroitre la pension des officiers émigrés! Le ministère s'abstiol. De plus en plus livré à la folie de ses alliés, il commençalL à voir ce qu'il avait perdu, en indépendance, en dignité, en ulililé, dans ce marché polilique. ll. de Serre, plus qu'aucun aulre, devait sentir le poids de celle tutelle dégradaule. Mais la colère qu'il éprouvait en constatant qu'il était tombé dans un piège grossier ne se manifestait que contre les libéraux. li semblait que leur vue seule l'exaspérait, lui rappelant sans doute une communauté de combats el de souvenirs, que, pour son malheur, il avail etracée : aussi bien, c·esl entre lui el les libéra1u que les duels oratoires s·engageaient, que s'élevai~nl les redoutables querelles, que s'amoncelaient les outrages.

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