René Viviani - La Restauration : 1814-1830

I 150 HISTOIIlE SOCIALIS'l'E rassiers s'assem!Jlenl. Rien ne bouge. Que va-t-il se passer? Le ciel eut pitié de la fureur humaine et il ouvrit ses cataractes sur ces déchainements; une pluie sans fin l'int calmer les colères et dissiper celle armée populaire que recru Lera éternellement la justice au.~jours tristes et glorieux. Qu·avaient à gagner à cette levée qui pouvail litre meurtrière Lous ces travailleurs? S-agissail-il d'un déba.l où leur droit fut engagé? Nullement : la loi électorale ne mettait aux prises que 1, bourgi'oisic enrichie, et l'arislo· cratie foncière. D'un côté, les descendants de la féodalité terrienne formai enl uné catégorie hautaine, de l'autre une bourgeoisie riche, el qui protestait parce que ses droits n'étaient pas assez étendus; partout, les mattres de la classe ouvrière, sous le masque libéral ou la figure royaliste; à droite, de grands seigneurs égoîstes el implacables; à gauche, les Casimir Périer, les Laffitte, faiseurs d'affaires, banquiers, infatigables exploiteurs du travail humain ... Et c'était avec ces derniers que se liguait la classe ouvrière, appuyant jusque devant les fusils chargés, la protestation parlementaire, contre l'insolence revenue du régime ancien ... La classe ouvrière n'avait p1s d'intérêts propres : mais elle a, elle avait, même en ces jours lointains où aucune lueur n'éclairait sa route douloureuse, elle avait la conscience des grànds intérêts généraux que représente la civilisation. Sans doute, ce n'était pas son sort qu'elle défendait; mais, intervenant entre deux fractions privilégiées aux prises, elle allait, de premier bond, à côté de ceux qui étaient les plus rapprochés de la liberté humaine. Grand el noble exemple de désintéressement el qui prouve que ceux-là sontdjgnes du pouvoir qui, à travers les calomnies et les épreuves, plus que les prélendus dirigeants de la politique, ont eu la conscience des acles nécessaires. Naturellement, au tumulte de la rue correspondait le tumulte parlementaire. La dlscussion de la loi était suspendue. Chaque jour un député libéral accaparait la tribune el y faisait le récit des scènes de meurtres qui, sous ses yeux, avaient ensanglanté la ville. Des proleslalions, dês démentis, des injures, des rappels à l'ordre se croisaient sur ce chaos soulevé par les colères les plus ardentes. La droüe inlassable réclamait la fermeture de la discussion, les li!Jéraux infatigables occupaient la tribune, les bras croisés, allendant le silence, jetaient un mot dans le tumulte, se reprenaient; Manuel demeura un après-midi à la tribune. Les jours fuyaient ainsi el, par celle résistance acharnée comme par le soulèvement extérieur les esprits libres, marquaient la capitale importance de celle loi qui remettait aux mains de quelques uns, pour leur inOucnce el pour leur profit, les destinées m~mes de la nJtion. Certes la loi se suffisait à elle-même; mais elle fut aggravée encore pendant le débat. Cette loi ne disait pas que les électeurs de l'arrondissement, aprè, avoir pris part aux opérations électorales de l'arrondissement, auraie.nl e droit, s'ils figuraient parmi les plus imposé,, de voter encoce dans le col-

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