René Viviani - La Restauration : 1814-1830

140 IIISTOIRE SOCIALISTE ministérielle. Et les outrages, les injures, les accusations formidabl~; tombaient en rafales sur le ministère qui payait, à la fois el d'un seul coup, la hardiesse première de son aclion libérale el la pusillanimi té dernière de sa polilique de compensation. ' La Chambre tint séance le i4 février. Dès l'ouverture, el grâce à la molle,se complice du président, M. Ravez, M. G.lausel de Coussergue demu11la à développer une demande de mise en accusation conlre M. Dec«zes, considéré par l'orateur comme le complice matériel du meu rtrier. L'inilialive était Lropviolente pour n'être ras <!ésavouée par les babil es de la droite qui, comme ~I. de Villèle, auraient voulu qu'on mil seulement en cause la complic:te morale. L'orateur fui abandonné el quand, le lend emain, il revint à la charge pour présenter sous une forme plJ~ acceptable ses accusalions, il était trop tard, el M. de Saint-Aulaire, beau père de M. Decazes, le soufaela d'une injurieuse el légitime apostrophe. On se réunit pour rédiger une adresse au roi. Seul, le général Foy Lroul'a les mols né cessaires pour en arrêter par avance l'esprit, el chacun r~marqua la méla ncolie de sa voix. • Sans doute, un Lei événement est déplorable - dit l 'orateur libéral : il l'est surtout pour les amis de la liberlé; car il ne faut pa s douter que leurs ad1·ersaires se prévaudront de ce crime afîreu~ pour essa yer di nous ravir les libertés ... • Prophétique en même Lemps qu'éloquenle parole I Eu effet, le poignard de Louvel avait ouvert la voie à une politique nouvelle, et la haine politique allait exploiter les douleurs privées, ex hiber ce cadavre, faire résonner le rreux de celle tombe, savourer pendJnt de longues année~ le bénéfice du sang ... Peul-être, un autre ministre que M. Decazes aurJil pu résister. Il eO.l fallu à ce moment une âme forte, qu'une passion généreuse exci tât, sur laquelle ,·tnl glisser l'orage extérieur. L'événement révéla Loule la faiblesse du premier ministre, el qu'il était /ail davantage pour les intrigues de Cour el de Parlement que pour les luttes suprêmes où l'homme jelle toute la substance de son êlre. Pourquoi n'élail-il pas venu à la Chambre au lendemain de l'assassinat du duc de Berry? C'était là qu'él~it l e péril pour lui, là qu'allaient s'amonceler les passions pour éclater ensuite en violent orage. Certes la mise en accusation de M. Clausel de Coussergue n'était pas péril• leuse, mais elle offrait à l'intéressé, servi par l'excès même de la manœul're, une suprême occasion. li pouvail, à la place d u général Foy, el s'étendant davantage, montrer ceu~ à qui le crim~ allait profiler. Il pouvall rappeler les débordements el les violences pa,séi el prés enjs, les suivre et dire hardiment que, dans la mes11re Nslreinte où les passions poliliques arment la main d'un solitaire, c'élail l'ultra-royalisme qui avait aiguisé l'arme el dessiné la plaie mortelle. Si celle courageuse ap olo.,le de sa propre politique n'avail pas réussi, au moins elle eO.télé quand même len téc, elle eO.l vengé le libéralisme outragé el, obligé de quiller le po uvoir, M. DJcaze1

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