484 HISTOIRE SOC1ALIS1'F: averti, de son mouvement par une secousse. Un pas de cet homme à l'autre pôl• sr ferait sentir à celui-ci, si la Prol'Ïdence déchainait encore son fléau; si Buo11a1al'le était libre aux Etals-Unis, ses regards, allachés sur !'Océan, suffiraient pour troubler les peuples de l'Aucien Monde; sa seule présence sur le rivage américain de l'Allanlique forcerait l'Europe à camper sur le rivage opposé ». Cel article fil tresrnillir d'orgueil Napoléon exilé sur son rocher de SainteHélène el l'empereur déchu en exprima sa joie par une flatteuse appréciation sur Chateaubriand. « Si, en 1814 et en 1815, la confiance royale n·avait point été placée dans des hc mmes dont l'ilme était détrempée par des circonstances trop fortes, ou des ren(gats à leur patrie qui ne voyaient de salut el cle gloire pour le trône de leur mal Ire que dans le joug de la Sainte-Alliance; si le duc de Richelieu, dont l'ambition fut de délil'rer son pays des baîonnelles étrangères; si Chateaubriand, qui venait de rendre à Gand d'éminents services, avaient eu la direclion des alTaires, la France serait sortie puissante et redoutée de ces deux crises nationales. Chateaubriand a reçu de la nature le leu sacré; ses ouvrages l'alleslent. Son style n'esl pas celui du vaincu : c'est celui du prophète. Il n'y a que lui au monde qui ail pu dire courageusement à la tribune des pairs que la redingote et le chapeau de Napoléon placés au bouL d'un Làton sur la côle de Brest feraient courir l'Europe aux armes. Si jamais il arrive au timon des affaires, il est possible que Chateaubriand s·égare; Lanl a·aulrcs y ont lromé leur perle I Mais ce qui est certain. c'est que tout ce qui est grand et national doit convenir à son génie et qu"il eût repous,é avec indignation ces actes infàmants de l'administration d'alors•». Cc fut le tour de Chateaubriand d'êlre flallé: il l'avoua lui-même: « Pourquoi ne conviendrais-je pas, écrit-il, que ce jugement 0alle de mon cœur l'orgueilleuse faiblesse? Ilien de petits hommes à qui j'ai rendu de grands ser1 ices ne m'ont pas jugé si favorablement que le grand dont j'avais si discuté le crime et allaqué la puissance ». Il s'excusa presque alors de la passion quïl avait mise à dénoncer les crimes dans le fameux pamphlet que nous avons cite et il écrit le par,,llèle de Wa,hington el de Buonaparle, parallèle où sa plume s'est si singulièrement adoucie qu'on ,e scandalise un peu aulour de lui de la contradiction du jugement de 18~7 sur celui de 1814. « ~les deux plâtres de Napoléon se ressemblent, riposte-t-il, mais l'un a élé coulé sur la vie el l'aulre modelé sur la mort et la mort est plus vraie que la 1ie ! » Mais revenons, après celle digression un peu longue, à un résumé rapide de l'exislence de Chateauhrian I ap,·ès la chute du régime impérial : il i. Mé111oire1 de J.\Jontholo>i, tome IV, p. 248.
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