Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

3'12 HISTOII\E SUCIALIS'fE lrmenl ,ulisliluer un cle,poli•me à un autre 1 il~railèrent toutes se, promesses, Ioules ses prorlamalions de comMie. Com,'clic ! le mol a été relcnu par Michelet, qui J'applique à loules ces atTaire, dï,,pagne, qualifiées par le grand historien de• détestable comédie ilalieniw cl de mauvai, imbroglio •; comédie tragique rn toul cas, oü Lous le, arleurs jouèrenl un rôle odieux et répugnant, el où il y eul comme une émulation de vilenie el de trahison; seul, comme toujours, le pPuple y montra ,le la grandeur, du désintéresssemeut el de l'héroïsme : c·e•l a•,;ez dire ~u'il ful cyniquement dnpé au dénouPmPnl. Xous allons ess1yer clc re• trac,•r htllivement les grandes lignes de ce drame, que nous comprendrons sans <Ioulemieux si nous prenons la précaution de jeler d'abord un rapide coup d'œii sur le lhéâlre de l'aclion el de faire un peu coonais,ance avec les principaux personnages qui vont se trouver aux prises. D'un ,·oyage en Espagne, nous avons gardé une impression profonde et qui contraste singulièrement avec les riantes illusions de paysages gracieux, de gaie lumière, de siles ensoleillés que nous avions au départ. A peine a-l-on franchi les dernières pentes des Pyrénées, de l'autre côlé de nolre fronliè1·e, qu'on pénètre dans une nsle et interminable plaine, desséchée el lugubre, où le soleil apparait moins comme un bienfai,ant fécondateur que comme un redoulable fléau; les yeux cherchent en vain, pour se reposer, un coiu {Il' ,crdure ou l'ombre accueillante de quelques arbre:;; le déserl s'élend indéHnimenl sans une pousse d'herbe, sans que le moindre feuillaqe viennt' en at,tinuer ia dé,e,péranle monotonie, désert aut Lon, rougeàlre:;-et ,é\'i:re,, qui n·a certes point l'enivrante clarlé des sables arricaios. Et l'on roule ainsi san, jamais ,oir surgir ces villages coquets el alLiranls, ces maisonnettes paisibles qui donnent à notre terre de France un charme incompirable. Si nou, sortons de celte plaine morne el hostile, c'est pour penélrer peu à peu dans des cahols de rochers, dans des gorges grisâtres, parmi des hauteur, médiocres aux arêles heurtées, à l'aspect revèche, aux escarpements brusques; pas plus que dans la plaine on n'y rencontre l'invilalion hospitalière d'un gazon fleuri ou d'un ombrage protecteur; des ronces, des épines maigres, rabougries, br1l.lées par le soleil con:;liluent l'uniquè végétation : la chèvre la plus alfdmée n'y trouverait point pâlure. Les villes ne sool guère plus réjouissantes que ces campagnes de deuil, el certaine~. comme Burgos ou ,·aladolid, donnent au IOomle je ne sais quel >i>leendont il a peine à se débarrasser, apleen qui se transfonne vit.e en uoe- ,orte de malaise, fait de frissons et d'angoisses, s'il pénètre à l'Escurial, ce monument terrible, qui semble ôlre comme un témoignage de ianalisme el de désespérance, comme une glorification de la douleur et de la mort, palais grandiose, en vérité, mais qui ne pouvait abriter que des princes misanthropes et des moines tortionnaires. Et il faut mainlenanl descendre bien avant vers les provinces méridio-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==