HISTOIRE SOCIALISTE 313 serail contraire à la vérité historique de faire peser sur lui la responsabilil6 des événements. C'est un historien anglais, Seeley, qui fil la remarque suivante donl on ne saurail contester la Justesse: • Napoléon ful, à un haut degré, l'œuvre des circonstances el, tandis qu'il semblail dominer son époque, il a été en réalité dominé el fourni par elle. On esl, en général, rorlé, ajoule-1-il à exagérer l'importance de la perrnnnalilé et du libre arbitre dans les alTaires dïci-bas. La personnalité exerce sur nous une influence fascinatrice : nous percernns en quelque sorle bien plus distinctemenl des actes que nous pou\"Ons attribuer à une seule individualité remarquable que des acles semblables dont la responsabililé esl partagée entre plusieurs personnes dont les unes sont obscures el les autres absolument inconnues. • c·est ln même idée que nous trouvons sous la plume puissante de TolstoT, quand, dans la Guerre et la Paix, il définit le 1ôle des prétendus grands hommes. « Les prétendus grands homme~, s'écrie-l-il, ne sonl que le, étiquelles de l'histoire ; ils donnent leurs noms aux ë,énemenls sans môme avoir, comme les étiquelles, le moindre lien avec le fait lui-même. Aucun des actes d,• leur soi-disant libre arbitre n'esl un acte volontaire; il esl lié a priori à la marche générale de l'hisloire el de l'humanité el sa place y esl faite à l'avance de toute éternité. • El Napolt'on semble bien avoir eu lui-même la perception de celle sorte ùe fatalité historique quand, à Sainl-Hélène, parlanl d'un auleur qui jugeait son œll\re, il disait:• il rarle de moi comme si j'élais une personnel Je ne suis pas une personne, je suis une chose. • Toul cela signifie qne la volonté d'un homme, si baul placé fut-il, même au-dessus des trônes, joue un rôle bien effacé en comparaison des mille ressorts divers qui impriment rn direclion à l'évolulion des choses. Et, pour en revenir au blocus conlinenlal, cela veul dire qu'on commettrait une lourde erreur en attribuant à la s~ule volonlé impériale un régime douanier auquel devait falalemenl aboutir la marche des phénomènes économiques. Nous avons dll tout à l'heure, avant l'ouverture de celle parenthèse que, si les industriels anglais souhailaient la continuation de la guerre avec la France, les Industriels de notre pays sollicitaienl depuis longtemps la guerre de tarifs donl les décrets de Berlin et de llilan furent la consécration dêfloiUve. Un exemple, parmi lanl d'autres, doit être cilé: il prouvera du même coup de quelle façon N3poléon inspirait l'opinion des chambres de commerce, el atec quel empressemenl celles-ci répondaient à ses sollicitation,. Voici deu1 pièces que nous avons trouvées dans un carlon des Archives nationales.
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