Gabriel Deville - Thermidor et Directoire : 1794-1799

HISTOIRE SOCIALISTE 73 lard, t. I", p. 422), on supporlail que de jeunes bourgeois qui auraienl dll êlre aux armées restassent à Paris où, mêlés avec nombre de prêtres el de nobles sorlis des prisons (rapports de police du l" et du 25 pluviôse-20 janvier et i3 février), ils entretenaient le désordre. Certains émi,;rés rentraient à la faveur de la loi du 22 nivôse an III (ii janvier i795), d'après laquelle « ne seronl pas réputés émigrés les ouvriers et laboureurs ». Sans doute, la loi ne paraissait concerner que ceux qui n'étaient pas« ex-nobles ou prêtres•; mais, grâce à la complicité des administrations remaniées, il fut aisé.je !"établirai plus lard (chap. xv), d"ob tenir des certificats tournant l'obstacle. Cela devint encore plus facile après les lois du 22 germinal (ii avril) el 22 prairial an III ( iO juin 1795), réintégrant dans tous leurs droits ceux qui, après le . 31 mai 1793, avaient été frappés ou avaient fui comme partisans des Girondins. A la suite d'un rapport de Boissy d'Anglas, la Convention avait, Je 3 ventôse (21 février), voté une loi sur la liberté des cultes. Cette loi - que, même amendée comme elle Je fut bientôt sous le rapport des édifices, n'oseraient pas voter les progressistes d"aujourd'hui , bien qu·un de Jeurs plincipaux chefs, M. Ribot, prétende toujours (séance de la Chambre du 4 juillet 1902, p. 2123 du Journal officiel) s'inspirer « véritablement de l'esprit de la Révolu lion française » ••• dénaturé et non revivifié - sans être parfaite, étail une améliora lion. L'Etat, ainsi que cela avait été déjà décidé le 2m,jour sans-culollide an II (18 septembre 1794), ne salariait aucun culte; tous étaient libres dans l'intérieur de Jeurs locaux. l\lais l'Eglise ne se juge libre que lorsqu·elle est souveraine maitresse; la liberlé telle qu'elle l'entend, c'est la liberté pour elle d'exercer des privilèges. El, à peine le nouveau régime en vigueur, le prêtre qui, depuis le commencement de la réaction polilique, avail déjà plus ou moins ouvertement relevé la tête, chercha à dominer : le 15 germinal (4 avril), de nombreux boutiquiers trouvaient dans leur serrure un billet portant que ceux qui ouvriraient le lendemain, jour de Pàques, seraient consi· dérés comme Jacobins (rapport de police du i6 germinal-5 avril); on savait ce que cela signifiait. Les manœuvres de ce genre abondaient; entre Lemps, on se moquait de ce qu'on appelait la • philosophie tricolore », c'est-à-dire de l'esprit lalque (recueil d'Aulard, t. l", p. 542). Evidemment la Constitution de 1793 ne pouvait être du gollt de celle tourbe dont le but apparut si clair que Laurent Le Cointre, inquiet, demanda, Je 29 ventôse (19 mars), à la Convention l'abolition du gouvernement révolutionnaire et l'application immédiate de la Constitution de 1793. La Convention ne songeant qu'à éluder celle-ci, sans oser encore avouer son dessein, - le rapport de police du 30 pluviôse (18 février) disait déjà : « Dans les cafés, l'on s'entretenait du projel ·de quelques députés qui .voulaient que l'on touchât à la Constitution de 1793 • - prit en germinal diverses décisions qui aboutirent, le 29 (18 avril), à la résolution de nommer une commission chargée

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