5S8 HISTOIRE SOCIALISTE opposer qu'un silence emharrassé qui les prédisposait mal à prendre quelque inilialive hardie. D'autre pari, les députés avancés qui avaient eu la sotlise de cornpler un i nslanl sur Bonaparte devaienl savoir maintenant à quoi s'en tenir. • Après de mûres réflexions, nous dit Jourdan (Le came/ liisto1·iq11e et littéraire, t. VII, p. 167), nous nous rendlmes à Saint-Cloud dans la ferme intention de combaUre les propositions contraires aux principes que nous professions; nous arrivâmes sur les 4 heures après-midi». Les réflexions avaient été bien longues. Aux Cinq-Cents, on cria: « Point de dictature! Vive la République I Vive la Conslitulion ! » Mais on perdit sottement Je temps à décider que tous les députés renouvelleraient leur serment de fidélité à la Conslilulion elà prêter re serment par appel nominal. Pendant celle opération, Lucien, pour s'entendre sans cloute avec son frère, quilla le rauteuil de la présidence où il ful remplacé par Chazal. Aux Anciens, la minorité avait réclamé des exp!:• calions sur le retard de certaines convocations el des renseignements sur le péril jacobin dénoncé la veille. Puis, un complice, Cornudel, fil voler l'envoi d'un message pour savoir si le Directoire était réuni en 'majorité à Sainl• Cloud. La réponse - mensongère - faite 'par Je secrétaire général, La!(arde, futur baron de l'Empire, fui que • qualre » directeurs avaient démissionné et que Je cinquième avait été • mis en surveillance » ; on venait de prononcer l'envoi de cette lettre aux Cinq. Cents en vue du remplacement des dé· missionnaires et de suspendre la séance, lorsque, vers <;uatre heures el demie, Bonaparte, averti de l'animosité des Cinq-Cents et de l'indécision des Anci~n', ·- • chaque instant de retard, a écrit Thibaude<\u, ébranlail la con0ance des coujurés dans le succès de la journée » (Le Conmlat et l'Empire, t. l", p. 41) - pénétra dans la salle. En un langage incohérent et boursouflé, - « ses paroles ne pouvaient sortir qu'avec un extrême désordre• (l,lémoires et souvenirs du comte de Lava/lette, t. l", p. 351)- il se défendit de vouloir • établir un gouvernement militaire », répéta le mensonge du secrétaire général du Directoire, allaqua la Constitution, réclama une nouveJle organisation politique, fut incapable de justiOer tant soit peu le péril prétexté par lui el ses complices, s'en prit aux Cinq-Cents, insinua qu'on préparait un mouvement à Paris el termina par un appel aux soldats dont, conclut-il,• j'aperçois les I.Jaionnettes ». Tandis que les Anciens qui, durant ce discours, avalent mis fin à la suspension de séance, écoutaient, mal impressionnés, la lecture d'un message des Cinq-Cents anno11çant leur réunion, Bonaparte se dirigeait du côté de ]'Orangerie. Le Conseil des Cinq-Cents venait de recevoir communication de Ia·lellre de démission de Barras seul el discutait à ce propos, lorsque Bonaparte paruL suivi de quelques grenadiers. Les députés ne lui laissèrent pas le temps de parler, ils crièrent : • A bas le dictateur I Hors la loi ! • el plusieurs se précipitèrent pour le repousser. Déconcerté, piteux, sur le po\n\ de défaillir,
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