Gabriel Deville - Thermidor et Directoire : 1794-1799

HISTOIRE SOCIALISTE li\18), les c~uses de l'e,pédition auraienl élé les • exaclions exlraordinaires • des beys et, en particulier, de Mourad, • soudoyés par le cabinet de SaintJamr, », contre les négociants français. Après avoir allégué des faits qui, mtlme exacts, n'en étalent pas moins, en la circonstance, des prétextes hypocrites, le Directoire essayait de défendre sa conduite: « Qu'on ne dise pas qu'aucune déclaration de guerre n'a précédé celle expédition. El à qui donc c0t-clle été faite? il la Porte ottomane? Nous étions loin de vouloir attaquer celle ancienne alliée de la France et de lui imputer une oppression dont elle él~il la première victime; au gouYernement isolé des beys? une telle autorité n'élail et ce pouvait pas êlre reconnue. On châtie des brigands, on ne leur déclare pas la guerre. Et aussi, en attaquant les beys, n'était-ce donc pas l'Angleterre que nous allions réellement combattre?• 'fout cela était factice, jésuitique; la preuve en est dans la lettre adressée par Talleyrand, le 16 thermidor (3 ao0t) précédent, à notre chargé d'affaires à Constantinople ( llerbelle, Une ambassade lurque sous le Direcloire, p. 237), el dans laquelle notre ministre ne se laisail guère d'illusions sur les senlimenls que pou l'ail éprouver la Porte dupée à notre égard. Mais le procédé a paru bon depuis aux goU1•ernants d'humeur conquérante, n'admellanl que pour les autres le respecl des règles conslilulionnelles, engageanl leur nation dans une guerre sans la consulter, soucieux seulement de rendre in~vilable le -conflit qu'ils recbercbenl sans oser l'avouer. Dans ces condilions, les • brigands », les • exactions », les incidents, ne font jamais défaut; lenr réalité, leur gravité importent peu, quand il y a volonté préconçue de conquête, ou d'impérialisme, suivant l'e,prc,sion du jour. Bonaparle avait caressé l'espoir d'amener le sultan à consenlir à l'occupation de l'Egypte par la France, soil sous forme de protectorat, comme nous dirions aujourd"hui, soit même sous Corme de cession; el c'est par 'l'alleyrand qu'il aurail voulu voir remplir cette mission à Constantinople, tandis que Kodrikas à Paris (début du cbap. u1) agirait sur l'envoyé du sultan. Malgrô la dôfaile d'Aboukir, il mil du temps à renoncer à ce rêve et, en attendant les événements, s'appliqua à compléter l'organisation provisoire déjà entamée du pays. Le 5 fructidor an VI (22 ao0l 1798), il fondait l'Institut d'Egypte, composé de 48 membres divisés en quatre sections. Savants et arlMes attachés à l'expédilion éludiaienl la contrée - qui, dans l'état acluel de nos connaissances des premiers âges de l'humanité, restcrail le centre le plus ancien d'une réelle civilisation, alors même que sa cullure serait d'origine asiatique, - explorant le pays, • dressant, comme l'a écrit M. Maspéro dans sa si intéressanle petite Histoire de l'Orient (p. 68), la carte, levanÎ le plan des ruines, copiant les bas-reliefs et les inscriptions; le tout forma plus lard cette admirable Descriplion de l"Egypte, qui n'a pas encore élé surpassée ni même égalée•· En fructidor an Vil (aoOL 1709), uo officier du génie, Bouchard,

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