432 HISTOIRE SOCIALIS'rE turc et dont, instruit par le passé, il redoutait les machinations; mais, n'aya11t d'autre appui que la force armée, il étail condamné à ménager cel11i qui était devenu le représentant le plus populaire de cette force. Le 20 frimaire (10 décembre), Bonaparte reçu solennellement au Luxembourg, encensé par Barras, président du Directoire, et par 'l'alleyrand, termina .on discours en disant : • Lorsque le bonheur du peuple français sera assis sur les meilleures lois organiques, l'Europe entière deviendra libre•· Les directeurs ne relevèrent pas cette fanfaronnade qui renfermait une désapprobation de la Constitution de l'an Ill, et Bonaparte profita de l'engouement dont il était l'olJjel pour se constituer un parti, affectant de fréquenter de préférence les littérateurs et les savants sans se préo~cuper de leurs opinions politiques, et ayant soin de ne pas se prononcer sur les questions qui divisaient les esprits. Elu, le 5 nivôse (25 décembre), membre de l'Institut en remplacement de Carnot qui avait été son protecteur, il écrivait jésuitiquement le lendemain: • les vraies conquêtes, les seules gui ne donnent aucun regret, sont celles que l'on tait sur lïgnorance » (Moniteur du 9 nivôse-29 décembre). Le désir de se t!ébarrasser de Bon<1partequ'il redoutait de plus en pltis, contribua à taire accepter par le Directoire l'expédition d'Egypte dont il n'était pas tout d'abord partisan. Quelle que soit la façon de l'apprécier, l'ini- . tiative de Bonaparte à cet égard ne me parait pas. douteuse : de Milan, le 20 thermidor an V (16 aoOt i i97), il écrivait au Directoire : • Les temps ne sont pas éloignés où nous sentirons que, pour détruire véritablement l'Angleterre, il faut nous emparer de l'Egyple •; écrivant le même jour à son no.uvel ami Talleyrand, il pronostiquait la chute prochaine de la Turquie (Correspondance de Napoléon l", t. Ill, p. 3ii et 313j; de Passariano, le Z7 fructidor an V (13 septembre 1797), dans une lettre à 'l'alleyrand (ldem, p. 391 et 392), il proposait de s'emparer de Malle et de l'Egypte; el, le 2 vendémiaire an VI (23 septembre 1797), Talleyrand, en l'approuvant, ne faisait que lui répondre. Etant données ces lettres de Milan et de Passariano, il est permis d'ajouter foi aux témoignages simplement conformes de Marmont (Mémoires, 1: l", p. 205 el 347) et de Bourrienne (Mémoires, édition de Désiré Lacroix, t. l", p. 221) qui nous montrent Bonaparte pré-occupé d'uno telle expédilion avant le mémoire du 25 pluviôse an VI (13 février 1798) adressé par Talleyrand au Directoire sur cette question. Que Bonaparte en la circonstance se soit borné, comme lorsqu'il projetait de soulever la Grèce, à revôlir d'une- forme précise des idées vagues qui avaient déjà cours dans certains milieux, la chose est tort possible; de même qu'il est possible que Talleyrand, en particulier, ait partagé ces idées avant la lettre de Bonaparte. litais ce qui est certain, c'est que Bonaparte n'a pas eu besoin de Talleyrand pour s'engager dans cette voie. Nommé (chap. xv1), le 5 brumaire (26 octobre), générRI en chef de l'armée d'Angleterre, confirmé dans ce·poste le 19 frimaire (9 décembre), Bona-
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==