Gabriel Deville - Thermidor et Directoire : 1794-1799

HISTOIRE SOCIALISTE artisans de celle transformation d'avoir laissé faire, alors qu'ils oublient de remonter jusqu'aux vrais coupables, jusqu'à ceux qui, privilégiés, ont tout fait pour fomenter ces haines el qui subissent les déplorables eITelsdes sentiments dont ils on L élé la cause et quïl dépendait d'eux de ne pas exciter. Quoi qu'il en soit, en dehors des chefs royalistes ouvertement rebelles ou conspirateurs que, mus peine d'effondrement, il fallait abattre sans faiblesse, en dehors des exécutions sommaires auxquelles en aucun temps on ne doit jamais pousser, bien au contraire, mais quïl n'était absolument pas possible d'empêcher, le régime de la Terreur ne saurait se justifier à aucun litre, et il a été, pour le succès final, la pire des fautes. D'abord, par son exagération, frappant les petits comme les grands, ne distinguant pas entre les puérilités d'adversaires platoniques el la rébellion la plus caractérisée, il a préparé une réaction, les excès dans un sens provoquant toujours un mouvement en sens opposé. D'autre part, dressée contre les partisans eux-mêmes de la Révolution, calomnieusement et maladroitement assimilés aux conspirateurs, la guillotine diminuait le parti républicain plus encore par la qualité de ceux qu'elle supprimait que par leur quantité. Ainsi devenue en même temps une menace pour tout le monde, elle rendit tout le monde hostile à ceux qui faisaient alors d'elle leur instrument de règne et opéra contre eux la concentration de tous ceux qui, sans distinction de partis, tenaient simplement à vivre. C'est l'instinct de la conservation qui a préparé Thermidor, instinct déguisé sous des prétextes divers jugés plus avouables. L'extension, si fâcheuse sous tous les rapports, donnée au régime de la Terreur, son exagération comme moyen de défense et surtout son emploi comme moyen de gouvernement, ont été la conséquence d'un état d'esprit qui a été général dans la Convention, les modérés, les Girondin~, en tNe, pour ce.Llofaute comme pour tant d'autr~s. Ce n'est que sur le pui ni de rnvoir quels seraient ceux qui appliqueraient ce régime contre les aulres, qu'on ne s'entendait plus. Il y a donc eu, à cet égard, une responsabilité générale. Cependant si, de celle fausse conception de la Terreur, furent responsables el, d'ailleurs, successivement victimes Ioules les fractions du parti républicain, ce sont les Jacobins suivant les inspirations de Robespierre, ce sont les amis directs de Robespierre, c'est tout particulièrement Robespierre, qui ont, en dernier lieu, le plus contribué à la double extension, plus ou moins admise par tous, de la Terreur. Cela, les faits le démonlrepl et la loi du 22 prairial an Il (10 juin 1704) suffirait à Je prouver. Les défenseurs de Robespierre affirment que son triomphe eO.tmarqué la fin de la Terreur. li est très probahle, en elTet, qu'une fois débarrassé de ceux qui le g~naienl, et dont quelques-uns comme Tallien el Fouché étaient, il esl vrai, d'abominables coquins, il eO.lété indulgent pour les autres. Seulement, même si on a raison au fond, ce n'est pas en décimant son parti sous prétexte de l'emporter sur ceux qui ont tort, qu'on le fortifie et qu'une frac-

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