Jean Jaurès - La Convention

1784 lllSTOIRE SOCIALISTE C'est cette tension extr6me des rapports économiques qui caractérise cette période. li n'y a pas eu famine; il n'y a 1as eu, même au sens absolu du mol, pénurie. Cc serait se méprendre complètement que de se figurer cette période violente et surmenée comme une époque de misère ou même de malaise profond. Mallet du Pan dit que l'illusion des puissances coalisées e,t puérile si elles s'imaginent que lJ France pâtit de la famine. Il y a seulement p~11r certains articles el à raison de la consommation extraordinaire qu'il faut à l'armée, difficulté d'approvisionnement. Le pain ne manque pas el si parfois il faut l'attendre, il arrive toujours. Presque tous les charrois étant accaparés par la guerre, les charbons arrivent parfois péniblement. De même, le cuir et la chan<lelle sonl rares à certains jours parce que de grands troupeaux de bœufs sonl poussé, vers les frontières. Mais à travers ces difficulté,, l'alimentation du peuple n'est pas sérieusement menacée; el il y a du travail pour tous et de hauts salaires. Quelques industries sont ravagées comme par un venl d'orage. Ainsi l'industrie de la soie, déjà un peu compromise à Lyon en 1793 par la réduction .des consommations de luxe, e,t accablée en 1794 par la guerre civile. Le commerce de Marseille aus,i, avec toute, les industries locales qui l'alimen laient, est éprouvé par la tourmente. Mais partout les besoins industriels de la guerre sont si grands, il faul tanl de forges, tant d'ateliers de lissage el de chaussure pour armer, vNir, chausser quatorze cent mille homme, soudainement levés, les acquéreurs de biens d'églises el de biens d'émigré, se di,putenl si vivement la main-d'œuvre pour les aménagements urgents de leur do'Daine, que les ouvriers sont partout lrè, demandés et qu'ils fonl la loi. La délégation des ouvriers lyonnais déclare à la Convention en déc, mbre que, si la Révolution use de clém 'nce envers une population égarée, celle-ci pourra trouver toul enlière de l'emploi clnns les manu'actures d'armes, de la région. De même, les orfèvres parisirns. La souplesse merveilleuse de l'ouvrier français se r~vèle en ce, temps de crise. L'appel vers certaines induslries esl si énergique que les ouvriers du lissage où, comme nous l'avons vu, le salaire esl peu élevé, se précipilenl vers les i11d11slries où le salaire esl supérieur, et qu'il faul les mainlcnir de force dans les fabriques de draps. Au.;,! en fructidor an II, le représentant du peuple en séance à Toulouse: • Instruit qu'un grand nombre d'ouvriers occupés aux ateliers dt•s fabriques de draps, princi; alemenl dans la commune de Carcassonne, ahandonnenl 1,urs travaux accoutumés pour d'autres momentanément plus lucratifs, ce qui mellrail le fabricant dans l'impossibilité de pou,·o;r fournir les draps nécessaires à l'habillement de nos frères d'armes, si on ne remédiait promptement à un Leiobjel de désorganisation des fabriques: • Considérant que la plupart des ouvriers des rabriques ne peuve1.l être remplacés que par des individus qui aicnl la con'naissance des mornes travaux, ce qui exige du temps el de l'e11 ériencc;

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