Jean Jaurès - La Convention

1600 HISTOIRE SOCIALISTE de dictature éternelle faisant violence, da11sl'intérêt du peuple, à son incura• ble ignorance. La vraie pensée de Uobespierre, c'esl que la Révolution ne pouvait être sauvée que par la force d'un gouvernement révolulionnaire, s'appuyant à la Convention, mais réalisant la concenlr.ilion de toutes les forces de combat. Dissoudre ou alTaiblir la Convention, dissouclre ou alTaiblir le Comité de Salut public est donc un crime inexpiable contre la Uévolution : c·esl la livrer à l'anarchie, c'est-à-dire à l'ennemi. Or, pendant que le C9mité de Salut public s'organise, tral'ail!e, combat, écrase le fédéralisme et le royalisme, refoule la coali lion, il est sans cesse guetté par lïntrigue, menacé par les factions; et il se demande parfois si. après amir échappé à l'anarchie girondine, la Révolution ne succombera pas à l'anarcbie démagogique. Yoilà le drame poignant qui, de septembre iï93 à mai 1794, boulevers~ la conscience révolutionnaire, el qui torture Robespierre jusqu'à la maladie, jusqu'à l'épuisement. C'est le groupe des hébertistes qui lente de discréditer d"aborJ sournoisement, puis de renverser violemmer.l le Comité de Salut public. C'est le groupe d'hommes dont Hébert semblait le chef, mais qui se rccrulail surtout parmi les agents révolutionnaires du ministère de la guerre. Les bureaux de la guerre, la plus grande partie du club des Cordeliers, une partie de la Commune, ,·oilà. les forces dont pouvait disposer Hébert pour attaquer el ruiner le Comité de Salut puùlic. Que lui reprochaient donc ces hommes? Quel grief Hébert, Ronsin, Vincent pouvaient-ils opposer au Comité de Salut public? Et quel plan d'action nationale et révolutionnaire pouvaient-ils substituer au sien? Pou rnient-ils l'accuser de négligence, de paresse ou de lâcheté ·dans l'administration de la France en péril? Le Comité de Salut public suffisait, à force d'énergie, it une besogne écrasante. Tout le long du jour, chacun des membres du Comité travaillait avec ses bureaux, el le soir, réunis dans une petite salle, ils délibéraient sur la marche commune du gouvernement, parfois jusqu'à deux heures du malin. Il s'était fait entre eux une sorte de partage d'allributions. Robespierre, Saint-Just, Couthon, étaient ce que le peuple appelait « les gens de la haute main », c'est-à-dire ceux qui surveillaient la politique générale de la llévolution. Barère, Billaud-Varcnnes, Collot d'Herbois étaient chargé, surtout de la correspondance avec les représentants en mission, avec les autorités constituées de la Révolution, el des ra_pporls à la Convention nationale. Enfin, il y avait le groupe des « gens d'examen •; c'étaient les spécialistes, Carnot et Prieur; qui s'occupaient de l'armée et de l'administration mililaire, Jean Bon Sainl-André de la marine, Robert Lindet qui, d'un labeur Immense, veillait à l'approvisionnement de la France, de Paris, des armées. C'était tous les jour:1 un détail infini : c'était aussi une responsabilité éera-

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