Jean Jaurès - La Convention

1278 HISTOIRE SOC1ALIS1'E qu'elle oscille. )lais on dirait que les grandes cités provinciales, les grandes ville~ marchandes inclinent à un f(irondisme feuillant. A Lyon, comme nous J'ayori; Hl, le mouvement seclionnaire menace la municipalité jacobine. Dans leur adresse du 8 mai à la Convention « les républicains bordelais» ne se bornent pas à défendre leurs représentants. lis dénoncent si violemment le despotisme exercé sur la C!lnvenlion par les hommes de la Montagne et de la Commune, qu'il e,t visible qu'ils sont tout prè, à entrer en lutte, s'il le faut, contre une Co,wention tombée en esclavage. « Oui, nous le pensons avec la majorité de la Convention, depuis longtemps on forme autour d'elle des projets de désorganisation el d'anarchie. On veut tanarcltie, pour usurper les places el voler de l'argent; on v~ul l'anarchie, pour essayer si, avec l'audace de l'orgueil et du crime, on ne pourrait pas s'emparer, ne fût-ce que quelques jours, d'un pouvoir régulier ... « ••• Oui, nous le pen,ons avec la majorité de l'assemblée natiomle, dès qu'elle ne peut pas punir une seule autorité constituée qui la brave, dès qu'elle ne peut liner au glaive des lois ceux qui pr0chenl le meurtre et se nourrbsent de sang, dès qu'elle ne peul chasser des tribunes ceux qni la dominent el l'outragent, la Comention nalionale a vu sa force défaillir, l'autorilé souveraine lui échappe, le gouYerncmenl se dissout. .. el l'anarchie commence. « Il est dans la Convention des hommes de génie et de courage qui présagèrent dès longtemps les maux que nous venons de décrire; ils ont vu l'or,ige rn former, crollre, s'étendre, obscurcir tout l'atmosphère; ils onl voulu le conjurer; mab aus,ilôl ces êtres perfides qui ne se montrent que dans les ténèbres et ne ,hent que de ravage el de mort, onl quillé tous à la fois leurs repaires, ils sont descendus du Caucase sanglant, ils sont sortis des bourbiers d'Augias, et se sont élevés comme des furies conlre les vrais appuis de la Ré• publique el de la liberté, ils ont hurlé contre l'ordre comme le loup et l'hyène hurlenl contre le rayon de la lumière ... Oui, nous sommes tous girondins, nous le serons jusqu·au tombeau. • C'est le défi, c'est d6jà le langage déclamatoire et sanglant de la guerre civile. Mais ce qui allénuait relîet de ces déclarations véhémentes, ce qui rassurait la ~lonlagnc, c'est que l'adresse des Bordelais n'était pas spontanée. Il avail fallu, pour la proYoquer, des lettres émuuvanles de Vergniaud, de pathétiques appels adressés par lui, le 4 el le 5 mai, à la Société des Amis de la liberté et l'égalilti, séante aux Récollets, à Bordeaux. li se plaignait, dans une première lettre, du ~ilencc des Jacobins de Bordeaux, à l'heure où les députés de la Gironde étaient menacés de mort. A l'inévitable angoisse du péril faudrait-il joinùn• l'amertume de l'abandon?Dans la seconde, il disait à ses électeurs : « Si on m'y force, je vous appelle de la tribune pour venir nous défendre, s'il en est temps, pour venger la liberté, en exterminer les tyrans... Hommes de la Gironde, levez-vous! La Convenlion n·a élé faible que parce qu'elle a

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