Jean Jaurès - La Convention I

780 IIISTOlllE SOCIALIS'fB qu'ils aient secoué la tyrannie du plus terrible despotisme el qu'ils soient dewnus libres? SOremcnt, nous ne devons pas désirer que la liber lé soit accaparée par nous. • Pitt assistait, impassible, à la lutte des deux h9mmes. La décomposition commençante du parti whig lui livrait l'avenir. La voie moyenne où s'engageait Fox était impossible à tenir. Les démocrates ardents ne voulaient pas se borner à admirer la Révolution: ils voulaient l'imiter tout de suite, non pas sans doute brutalement, mais hardiment : ils voulaient appliquer à l'Angleterre le principe de la rnuveraineté nationale et de la démocratie, et contre leurs prétentions, contre le lirre audacieux rte Paine où elles étaient formulées, toutes les pui5sances conservatrices de l'Angleterre se soulevaient. La poliliqne i11terrnédiaire de Fox eOt été peul-être praticable si la Constitution de 1791 avült duré, si la Révolution française était entrée dans une période d'équiliùre lég~l et tle développement paisible. ~lais le 20 juin et le 10 aoàl éclataient comme des coups de foudre. La Révolution semblait avoir je ne sais quelle impatience électrique. Elle altiraft et elle défiait lt, monde : Avec moi ou contre moi! Ainsi, le moindre souffle de réforme qui passalt sur l'Angleterre y portait les étincelles de l'incendie voisin. Fox s'épuisait en vain, dans la lulle la plus généreuse et la plus noble, ?t maintenir la liberté trartitionnelle de l'Angleterre, à protéger Paine, dont il désavouait d'ailleurs les doctrines, contre la violence et l'arbitraire des juges, à protester contre 10langage provocateur des Sociétés contre-révolutionnaires anglaises. li était comrue submergé par une vague croissante de réaction. « Voici maintenant, s'écriait-il le 13 décembre 1792, la crise que je crois vraiment redoutable. Nous sommes venus à un moment où la question se pose, si nous allons donner au Roi, c'est-à-dire au pouvoir exécutif, tout pouvoir sur nos pensées; si nous ailons résigner l'exercice de nos facultés naturelles aux ministres de l'heure présente, ou si nous maintiendrons qu'en Angleter~e aucun homme n'est criminel que s'il commet des actes défendus par la loi. Voilà ce que j'appelle une crise plus dangereuse, plus redoutable, qu'aucune de celles que nous o!Trel'histoire de ce pays. Je n'ignore pas assez l'état présent des esprits et les ferments artificieusement créés pour ne pas savoir que je soutiens ici une opinion bien près d'être impopulaire. Ce n'est pas la première fois que j'ai encouru le mème hasard. Mais je veux résister au courant de l'opinion populaire. Je veux agir contre le cri du moment, dans la confiance que le bon sens el la réflexion du peuple sauront me 5011tenir. « Je sais bien qu'il y a des Sociétés qui ont publié des opinions, et mis en circulation des pamphlets contenant des doctrines qui tendent, si vous le voulez, à renverser nos institutions. Je dis q,!'elles n'ont rien fait d'illégal en cela; car ces pamphlets n'ont pas été supprimés par la loi, Montrez-mol la loi qui ordonne que ces livres seront brûlés, el je reconnattrai lïllégalit6

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