Jean Jaurès - La Convention I

TIISTOIRE SOCIALISTE rieuse el brillanle dclom· de la bourgeoisie. C'esl il toute l'humanitô que pense For,tcr, ,;ous l'inspiration de J{ant. C'est en tont homme, et dans le plus humlile manom rier co111medans le chef d'entreprise le plus puissant, que doit êtr<' 1èalbée la pleit1e dignité humaine. A1H·u11pcucelle de la race humaine ne peut être convertie en 9ulil. Comme il -erait aisé au sociali~me de sr saisir de celle forte pen,ée et de démontrer que seul il lui donne ,ie ! 1.:laisc'est cle l'épanouissement de l'acli- ,ilé bourgeoise, c'est du libre jeu de la démocratie industrielle que Forster attendait l'avènement cle tous les hommes au« règne des fins ",.au règne clc l'humanité. Je reconnais en cette page de Forster la triple influence de l'Allemagne, de l'Angleterre el de la France. De l'Allemagne, l<'orstera reçu la haute inspiration et les admirables formules de Kant, qui depuis db. ans a révolutionné tout le système de la pensée allemande. L'Angleterre lui a suggéré le t)pe cle la grande activité indmtrielle, el l'idée d'une clas,e ouvrière acti\·e et aisée. For,ler lui-même note ailleurs que les ouvriers anglais gagnent deu.c ou trois fois plus qu'en Allemagne. Et c e'-l la commotion française qui a donné il Forster cette pa,sion de mouvement universel et d'unh·er~elle rénovation. C'esl l'e,.emple de la Prance, réalisant soudain l'idée, qui donne à toutes les idées un coefficient de réalité inattendu. ~'orsler se dit : Qui sait? Et il ne parle plus tout il fait en simple théoricien, en observateur impassible de phénomènes sociaux. Malgré lui, il se représente la nation allemande secouant la torpeur el les \iPilles oppressions. Ce qu'il écrit là, c'est ce qu'il dirait à la tribwie d'une grande assemblée allemande si l'Allemagne, concentrant ses forces dispersées et brisant la multiplicité ùe ses groupes, se donnait, dans l'ordre économique comme dans l'ordre politique, une Constitution nouvelle, unitaire et libre. c·csL la Révolution françai-e qui UU\'reainsi aux esprits des possibilités imprévues. C'est elle qui est la sublime tentatrice. Forster, au plus profond de sa pensée, cl dans la partie réservée ae sa conscience, se surprend sans dou le il rédiger comme un fragment anticipé du manifeste économique et politique de la Révolution allemande. Et partout, la pensée qui le domine, qui l'obsède presque, c'est qu'il faut délivrer d'innombrables énergies captives. Le lourd régime présent lui parait mauvais, beaucoup moins parce qu'il répartit d'une façon arbitraire et inique les joies clela, ie, que parce qu'il opprime el étouffe par milliers, par millions, des g,mnes de pensée el d'action, des forces. C'est comme une croûte pesante el dure qui empêche le, semences de lever. Que la charrue fouille et que la herse brise, non afin de niveler, mais afin de libérer. , C'est dans une lell,e datée de Liège que Forster trace, en termes admirables, son programme de. démocratie i ndhillualisle et aclil'e. Yeul-on réa• liser l'entière uni lé humaine'? C'est en un s~ns un noble idéal : une seule

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==