576 HISTOJRE SOCIALISTE plation. li lui semblait que ces hautes flammes de la pensée auraienl dO. animer toul le peuple à la liberlé, à la grande action politique, et il conslatail partout inertie, routine, sotte admiration de l'ignorance servile pour le privilt'ge infatué. En sa vie personnelle, étroite et gênée, retentissaient toutes les misères de la vie allemande. Il n'aimait ni le luxe de délicatesse ni 18 lu~e de vanité. Mais il aurait voulu pou,·oir toµt à son aise acheter des livres, el s·échappr,r en un rapide voyage, pour reprendre contact avec le monde. li s·y décidait parfois, mais en créant à son ménage des mois de gône et de souci. Le cœur de sa jeune femme, qui l'admirait cependant, ~e détourna de lui, de sa tristesse, de son imprévoyance. Et Forster aurait succombé au poids écrasant de la vie s'il n'avait eu dans l'esprit un merveilleux ressort, une force de curiosité el de pensée qui toujours soulevait tous les fardeaux de pauvreté et d'ennui. Il se nourrissait de tout ce que l'esprit humain produit de noble el de fort. Il possédait les littératures anciennes, «cet incomparable trésor d'idées et d'images » el il connaissait presque toutes les langues el toute la littérature de l'Europe. Il suivait avec passion le mouvement de toutes les sciences, de l'orientalisme qui découvrait Sakountala à la physique et à la chimie. Mais quoi! faudra-t-il toujours lire, toujours méditer, toujours porter en soi lïmmobile trésor des richesses humaines? L'heure ne viendra-t-elle point d'appliquer à la réalité, au progrès substantiel de l"humanité toute cette force d'esprit el toutes ces connaissances? Les Anglais aussi pensaient, savaient. Ils avaient Newton el ils lisaient Homère. Mais ils combattaient au Parlement, ils gouvernaient des colonies, et chez eux la vie de l'esprit el la vie de l'action se fondaient en une seule flamme. N'est-ce pas d'un beau vers de Virgile que Pilt saluait à la Chambre des Communes la prochaine libération des esclaves noirs? Quelle fatigue pour l'esprit agissant de Forster d'accumuler en silence des richesses de pensée dont il n'aurait pas l'emploi, des forces stériles et inquiètes 1 Quand éclata la Révolution française, il y eut en lui un grand trouble. Il pressP.nlilun de ces vastes ébranlements qui mettent en jeu loules les énergies obscures el souffrantes. El malgré sa réserve, malgré l'indi!Térence qu'il affectait parfois au dehors el les conseils de sagesse qu'il se donnait tout bas à lui-même, sa sympathie secrète alla d'emblée au mouvement révolutionnaire qui affirmait la liberté el qui déchainait des forces d'action jusque-là liées. Ce n'est pas qu'il se livre d'abord tout enlier el sans réserve. Il y avait quelque défiance des événements- el des hommes en cette nature tourmentée el refoulée. Et puis, en observateur exact et méthodique, il atténdait, pour juger, le développement des phénomènes. Visiblement, il se contraint dans la partie première de la Hévolulion, et il surveille son instinct qui se déclare pour elle. li commence par s'étonner qu'un aussi grand drame ne suscite que des ac-
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