Jean Jaurès - La Convention I

5i2 JIISTOIT\E SOCIALISTI, 11recueille, dessine, catalogue animaux cl plantes, et quand il rencontre au Cap ou en Océanie d'intrépides botanistes, des disciples du grand Linné gui vont à travers le monde pour saisir et faire entrer dans lesclassillcalions du maitre toute la diversité presque infinie de la vie végétale, il s'émeut d'un enthousiasme grave el presque religieux; quoi de plus noble que la pensée conquérante? Mais partout, en même temps que celle curiosité passionnée du vrai, il a le souci (le l'humanité. li s·arnige el proteste, toutes les fois qu'il constate les mauvais traitements infligés aux esclaves. Au Cap notamment, où la Compagnie hollandaise a réduit en esclavage des centaines de Hottentots, il constate avec douleur en quel mépris des hommes peuvent tenir d'autres hommes. Ces Hollandais, pieux lecteurs el commentateurs de la Bible, el qui croient que sans religion l'homme n'est qu'une brule, laissent systématiquement leurs esclaves en dehors de toute religion el de tout culle. Ce n'est point par tolérance, mais par exlr~e dédain. Les esclaves ne son L vraiment à leurs yeux que des bêles. De ce long voyage, Forster a retenu une grande pitié pour les esclaves, pour les noirs, une grande colère contre les sophismes des esclavagistes. li a de même, pour les sauvages, pour les populations primitives, une sympathie tendre et douloureuse. Il gémit de tout le mal que leur font les Européens: • C'est un grand malheur, que toutes nos découvertes aient coûté la vie à tant d'hommes innocents. Mais si dures que soient ces violences pour les petites populations incultes gui ont été visitées par les Européens, ce n'est qu'un détail auprès du dommage irréparable gui leur a été causé par la ruine de tous leurs principes moraux. Si du moins ce mal avait été quelque peu mêlé de bien, si on leur avait appris des choses vraiment utiles, ou si onavail extirpé parmi eux quelque coutume immorale el funeste, nous pourrions nous consoler à la pensée qu'ils ont regagné d'un côté ce qu'ils perdaient de l'autre. « Mais je crains bien que notre connaissance n'ait fait que du mal aux habitants de la mer du Sud; el je crois que les populations qui se sont le mieux tirées d'a!Taire sont celles qui par crainte ou méfiance n'ont pas permis à nos malelols d'entrer en relations avec elle. » Hélas I Quelle tristesse que l'elpansion des races supérieures et cullivées ail élé déshonorée par lanl d'inutiles violences el de bassesses! Mais, si Forster eslsévère pour les Européens, il n'a sur les sauvages aucune illusion sentimentale. n note avec dégoùl la crapuleuse el bestiale saleté des habitants de la Nouvelle-Zélande. Dans toutes les Iles du Pacifique, les filles trafiquent de leur corps non point par une sorte d'impudeur naïve el d'innocence première. Elles témoignent au contraire quelque répugnance à se donner. Mais elles ne résistent pas longtemps à la cupidité, au désir d'avoir une étotre voyante ou quelgue objet convoité. El au besoin Je père, gui

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