Jean Jaurès - La Convention I

HISTOIRE SOCIALISTE ('Ore, lïnfluence immense de Frédéric II prévient en Allemagne tout mouvement d'action révolutionnaire. JI a fait à la liberté sa part en laissant tout essor à la pensée. Kanl le dil expressément : « Maintenant Je champ est ouvert qui peut être librement travaillé, et les obstacles à runiverselle propagation de la lumière pourront décroitre chaque jour.C"rst en ce sens que notre dge est l'dqe des lumières ou fdge de Frédéric. " Un prince qui ne juge point indigne de lui de dire qu'il tient pour son devoir de ne rien prescrire aux hommes dans les choses religieuses, mais de leur laisser au contraire toute liberté, et qui éloignP.ainsi de lui même le mol orgueilleux de tolérance, ce prince est lui-même éclairé, el mérite la reconnaissance du monde et de la postérité pour avoir arraché les hommes, au moins en ce qui dépendait du gouvernement, à l'état d'enfance et de sujétion inlellecluelle. Sous lui, un ecclésiastique peut remplir le devoir de sa charge el formuler des idées qui s'éloignent du symbole reçu. Celte liberté de l'esprit s'étend même là où elle doil Juller contre le gouvernement lui-même, méconnaissant son propre intérêt. Car la preuve esl faite par un exemple précis que la liberté ne peut jamais être un péril pour la paix publique et pour l'union de la communauté sociale. J'ai parlé surtout des lumières el de la liberté dans les questions religieuses, parce que, en ce qui concerne les sciences et les arls, nos mallres n'ont aucun intérêt à se faire les guides de leurs sujets. !,Jaisla pensée d'un chef d'État qui favorise la liberté de l'esprit dans l'ordre religieux, va plus loin, el elle conclut ceci : c'est que, m§me au point de vue de la législation édictée par lui, il n'y a aucun péril à permettre à ses sujets l'usage public de la raison. » Ainsi Kanl, par la logique de la liberté, étend la critique de la science aux institutions politiques. Mais, ce n'est que des gouvernements eux-mêmes qu'il attend la réforme de ces institutions. li dit, dans ses Idées sur l'histoire universelle, à propos de la liberté économique et politique: « La liber lé civile ne peul pas être atteinte sans qu'on en ressen le un sérieux dommage dans toutes les branches de l'activité, notamment dans le commerce, el sans qu'il y ail décroissance des forces de l'État. Ainsi la liberté progresse nécessairement. Lorsqu'on empêche le citoyen de chercher sa Jil.lerté par les moyens les plus emcaces, sous la seule condition de s'accorder avec la liberté d'autrui, on contrarie par là la vitalité de l'industrie intéressée et, par suile, la force de l'ensemble. Dès lors les lumières apparaissent comme un grand bien : ces lumières, el avec elles la sympathie qui vient du cœurde tout lwmme éclairé pour le bien qu'il a pleinement compris, montent nécessairementjusqu'aux tri1nesel inftuent mtme sur lesprincipes du gouvernement. • C'est donc des esprits au souverain que le progrès se propage, et il se réfléchit ensuite du souverain, du gouvernement, sur les institutions transformées. Ou ne peul pas dire que Kanl attend la rérorme graduelle du monde des

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