Jean Jaurès - La Convention I

464 HISTOIRE SOCIALISTE s'échappe facilement. Pour prévenir Loule lromperie des ouvriers, ces lavoirs à laine sonl installés aux endroits le; plus découverts el les plus fréquentés. Là où celle précaution n'est pas prise (ce qui a lieu souvent à la ville où le lavage se fait parfois même la nuil) on ne peul, par la plus étroite surveillance, empôcher Je vol d'importantes quantités de laines; suivant que les ouvriers la livrent plus ou moins chargée d'eau, ils peuvent en dérober . • La laine lavée est distribuée aux paysans pour èlre filée. Pour Aix-laChapelle el les centres de fabriques voisins, ce sont les Limbourgeois surtout el les Flamands qui filent. Dans le grand duché de Liége, où l'agricullure est très fortement poussée, le paysan a les mains trop dures pour pouvoir Iller les fils fins. Mais dans les grasses prairies du Limbourg où se pratique l'élève du bétail et où l'occupation principale du paysan est la fabrication du beurre el ùes fromages, les doigts restent plus souples, el partout les femmes el les enfants filent le fil le plus fin. Toutes ces variétés du travail humain, correspondant à la diversité des lieux el des occupa lions traditionnelles, intéressent surtout lorsqu'on songe qu'elles sont suscitées par les besoins pressants de l'industrie el par les calculs de l'homme cherchant à porter au point de perfection un produit déterminé. Des besoins de cet ordre ont conduit les esprits spéculatifs à Berlin, à observer que le soldat était incomparablement plus apte à filer que le paysan poméranien. El si l'on voulait pousser celle spéculation plus loin encore, on devrait partir de celle idée que chaque acte est d'autant plus perfectionné que les forces de l'homme se concentrent davantage sur cet objet. Sans aucun doute on progressera il beaucoup dans l'art de Iller si le travail se faisait dans des établissements industriels oû les ouvriers trouveraient la lumière, le feu et l'abri, et où une classe_spéciale de trnvailleurs serait appliquée à cette forme dit travail. Des hommes qui, dès l'âqe de sept ans, seraient voués exclusivemeut à cette occupation, y acquerraient bientôt une qrande habileté; ils feraient mieux et plus vite que ceux pour lesquels ce n·est qu'un travail accessoire; et comme, dans un même espace de temps ils livreraient des fils plus fins et en plus qrand nombre, les produits seraient meilleur marc/té sans qu'il y eiit désavanlaqe puur les ouvriers eux-mêmes. » forster note avec profondeur que, pour s'accomplir sans désastre, celte lran'sformalion industrielle doit s'accompagner d'une vasle réforme dans l'intérêt des paysans. Comment leur retirer en effet le travail accessoire qui les aide à soutenir leur misérable vie, si on ne les libère pas des fardeaux qui les accablent? Ainsi tous les progrès économiques sont liés. Ainsi l'industrie ne peul entrer pleinement dans la grande production el échapper à la routine corporative si les paysans ne sont pas soustraits à l'oppression féodale. C'est donc un mouvement vaste qui apparait à l'Allemagne el qui commence à solliciter les pensées et les rêves. • ~lai:; comme un pareil progrès industriel devrait ètre harmonisé avec les couditions de lra vail el ùe vie des paysans, de façon que ceux-ci qui ne

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