HISTOIRE SOCIALISTE 455 --------------------------------- distinguaient les arfüans de telle ville ou de tel village el en caractérisaient les produits. Et ~lœser ne reproche aux capitalistes contemporains que de vouloir aller trop vite, de brusquer la difficile évolution du travail de l'artisan au travail manufacturier. • Vous voulez créer une fabrique el cela sous les yeux d'une foule curieusr cl railleuse I Oh I épargnez votre argent et votre santé. Celui cJui veut réussir dans de telles entreprises ne doit éveiller ni l'attention, ni la médisance. JI doit longtemps travailler dans une obscurilé silencieuse, subir bien des essais inuliles, bien des faux frais, bien des peines secrNcs avant qu'il puisse emporter les préjugés et dresser son œuvre à découvert. S'il n'agit pas ainsi, il devien~ le martyr de son ambition, la vanité le conduit drs voies pénibles et sûres aux voies verligineuses, el il imite ces princes fabricants ou leurs jeunes conseillers qui préfèrent la louange Mlive et bruyante de la foule à l'approbation et à la gratitude silencieuse de la postérité, qui sèment une fabrique au printemps el qui ''Emient en quelques semaines recueillir la moh=son. "Je me souviens toujours avec plaisir de la femmequ'un soldat avait amenée avec lui du Brabant. Elle faisailles plus belles dentelles el elle avait deux jeune, enfants, auxquelles elle ne pouvait enseigner que cela. Les fillesdes \'Oisins dans le village allemand où elle s'était établie s'émerveillèrent de ce travail el ellrs voulurent rivaliser avec leurs compagnes de jeu. Leurs mère~ lrs envoyèrent à l'école chez la dentellière, et au bout de trente ans, toutes les femmes du village faisaient de la dent elle el en enseignaient l'art à leurs enfants. ~laintcnant dans ce village se font les plus belles dentelles de Brabant. Voilà, selon moi, la vraie manière de propager l"esprit de fabrique. ~lais où est l'homm, puissant qui a la patience d'allendre si longtemps le produit de ses efforts? « ~e croyez µas que je blâme ces sortes d'entreprises pri11cières. ~on, je les loue. parce que de leurs ruines reste quelque chose qui, des années après, sert à des constructions nouvelles; mais un particulier ne peut procéder ainsi. .. « C'est une chose merveilleuse que la propagation des fabriques. Nos vieu, marchands de toile de lin disent qu'ils peuvent reconnallre, à chaque pièce de lin, en quel village elle a été faite; j'ai connu un marchand de chanvre qui expédiait tous les ans quelque cent mille pièces de chanvre, cl qui distinguail aussi bien la main de la famille gui l'avait filé qu'on distingue l'écriture d'un homme de celle d'un autre. L'inspecteur d'une galerie de tableaux qui sail reconnallre l'œuvrc de cent maitres n"était qu'un enfant auprès cle ce marchand de chanvre. Chaque endroit a ses parlicularilés de travai I comme il a sa bière particulière ... Il faut donc une longue el pénible préparation pour créer une fabrique. Jl faut que l'éducation des wfants, d'nprit comme de corps, soit toute dirigfe, et que les habitudes, les mœurs, le• préjugés, les exemples concourentau progrès du régime nouveau. Que de
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