Jean Jaurès - La Convention I

408 TIISTOlllE SOCIALISTE ~cnoé qui ose faire 1111 crime à Dillon d'avoir cherch6 à épargner le sang de nos frères? 011est l'homme sage qui ose trouver mauvais qu'il ait pris des me,ur,'S propres à accélérer la relraitc des Prussiens, encore trop en étal de nous faire beaucoup de mal, ne fOl-cc qu'en soutenant par leur présence raurlacr ou plutôt la férocité des Autrichiens, cl en perpétuant leurs ravages mcurlrirrs ? « De quel ;uc mani 'rc qu'on envisage la ronduile de ce général, c·e.<t 1111 grand bien qu'il ait connnencé par diplomatise,·, comme on dit, car c'e,l un granrl point gagné que de rompre la ligue des despotes conjurés, de détacher Guillaume de François, de nous débarrasser promptement el pour toujours des Prussiens, de n'avoir plus qu'à réduire par le fer les Autrichiens, dennus indignes de tout quartier, de prévenir les nouveaux dés1stres qu'ils nous apprêtent, el de nous voir bientôt dans une position assez avantageuse pour labscr enfin respirer un peu les Français et s'occuper à réparer leur perle,. • C'est comme 1111 suprême effort d'impartialité et de sérénité que fait i\laral. Oh! je sai, Ilien que son esprit est encore traversé de noirs soupçons et prompt à lïnjmlice. La • diplomatie » qu'il glorifie chez Dillon, il ra condamnée, qurlque~ jours avant, chez Dumouriez (numéro du jendi 1 octobre : « Yenons 1tDumouriez. La réponse qu'il dil avoir faite au roi ùe Prus,;e paraît lrè$ adroile au premier coup d'œil; mais je n'aime point la né~ocialion dans laquell~ il parai,sail vouloir entrer. Une pareille négociation aurait paru de "abon, s'il eût été question cle séparer un ennemi formidable ùe ses alliés. _\Jais lorsque cet ennemi est réduit à l'extrémité, lorsque la famine et les maladies l'assiègent el le minent, lorsqu'il ne peut plus tenir, la seule négociation est de tomber dessus et de l'exterminer. Or Dumouriez ne pouvait prét exter cause d'ignorance : s.1 réponse était donc déplacée. Quel ét,1il <lonc son bul? De s'entendre avec les ministres et les royalistes q11is·agitenl pour sauver leur patron en ménageant au roi de Prusse le désavantage('?) de s'expliquer là-dessus et aux événements le soin de décider la question. » Ainsi ce qui est sage diplomatie avec Dillon était trahison avec Dumouriez. Et pourtant quand Dillon négociait avec les Prussiens, ils étaient encore plus ba". Cruelles injustices qui, en aigrissant Dumouriez, ne sont pas, hélas! tout à fait innocentes de la trahison où plus tard, misérablement, il s·ablma. ,\lais, malgré tout, il était insensé à la Gironde de paraitre suspendre Loule sa politique à la lutte contre ~laral. On dirait que celui-ci, à ce moment, désire une détente; mais quoi I à l'heure môme où il s'applique à se contenir, où il promet d'être modéré et s'y e[orce, les clameurs el les menaces redoublent contre lui. Le voilà qui redescend, désespéré, dans son souterrain, d'uù il mènera contre les Girondins une guerre à mort. Le voilà enfoncé de nouveau dans la haine et dans la nuit, et ne concevant plus le relèvement des

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