Jean Jaurès - La Convention I

316 HISTOIRE SOCIALISTE Les inconvénients des variations dans les prix plus promptes el plus étendues que celles des salaires n'étaient pas sans remède; et si l'activité qui devait naitre de la Révolulion n'était point arrôtée par ces inquiétudes factices, le mal serait déjà réparé, el l'équilibre rétabli avec avantage. • Mais le peuple n'attendait point celle sorte de rétablissement naturel el lent de l'équilibre, qu'espérait l'optimisme révolutionnaire de Condorcet. 'Le peuple agissait de deux façons: en refusant son travail aux anciens prix, el en essayant d'imposer, soit à la Convention, soit directement aux marchands, la taxe des denrées. Hausser les salaires par une revendication énergique et au besoin par la grève, limiter par la loi ou par la force le prix des denrées, voilà le double elîorl des travailleurs en celle période. Lorsque la Législative, en janvier 1792, reçut la délégation des Gobelins protestant contre le renchérissement des denrées, les pétitionnaires demandèrent bien des mesures contre les• accapareurs»; mais il n'osèrent pas formuler l'idée d'une taxation légale. Maintenant, c·est celle idée qu'une députation du corps électoral de Seine-el-Oise formule devant la Convention en paroles précises et hardies. L'audace du prolétariat a grandi. li se sent, en quelque sorte, plus près de la loi, et il songe à la faire servir~ sa défen;e. « Citoyens, disent les délégués dans la séance du 19 novembre, le premirr principe que nous devons vous exposer, est celui-ci: L,i liberté dtt commerce des grains est incompatible avec l'existence de notre République. De quoi est composée notre République? D'un petit nombre de capilalisl es el d'un grand nombre de pauvres. Qui fait le commerce des grdins? Ce petit nombre de capilalistes. Pourquoi fait-il le commerce? Pour s'enrichir. Comment peul-il s'enrichir? Par la hausse du pl"Î~des grains, dans la revente qu'il en fait au consommateur. « Mais vous remarquere::,aussi que cette classe de capitalistes et propriétaires, par la liberté illimitle maih·esse du pri.c des grains, l'est aussi de la fixation de la journée du travail; car chaque fois qn'il est besoin d'un ouvrier, il s'en présente dix et i• riche a le clwi.c; or, ce choix, il le porte sur celui qui exige le nwùis : il lui fixe le prix, et l'ouv,·ier se soumet à la loi, parce qu'il a besoin de pain, et que ce besoin ne se remet pas pour lui. Ce petit nombre de capitalistes et de propriétaires est donc maître du prix de la· joumée de travail. La libertée illimitée du commerce des grains le rend également maitre de ta subsistance de première nécessité. Le sordide intéi·U ne frur laisse pas calculer d'autre loi que celte de leur avidité. Il e11résulte une disproportion effrayante entre le prix de la joui·née du travail f't le prix de la dem'ée de µremiè,-e nécessité. La journée est à 16 et 18 sol.s, tandis que le blé l'St à 26 livres le setier pesant de 260 à 270 livres, poids de 16 onces à la livre. /.,a journée ne m(/il dune point pour vivre. De là, soi·t né• cessairemer.tl'oppression de tout individu qui vit du travail de ses mains. « Mais si celle classe qui vit du travail de ses mains est la plus considérable,

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