Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

810 HISTOIRE SOCIALISTE • On ne peut voir sans frémir les suiles d'un tel événement et à quoi nous serions exposés ici. li faut donc à tout prix Je prévenir, el ce rr'est que !'Empereur qui le puisse, en commençant le Congrès, en indiquant de suite le lieu et quelques-uns des membres qui le composer1>nt.• On pourrait croire par un billet de Mercy à Marie-Antoinette, du 26 octobre, que !'Empereur se rallie en elrel à l'idée d'un Congrès: « On avait réglé d'avance tout ce qu'indique la note du i9 sur l'utilité d'un Congrès, il est plus que probable que les puissances s'y rallieront. On y est très décido à Vienne, où celle même note du 19 sera envoyée sans retard. Les princes se plaignent maintenant de !'Empereur el lui attribuent Lous les délais et obstacles à leurs projets. Le monarque est très dégoô.té de pareils procédés; il emploie Lousles moyens qui sont en son pouvoir pour arréler les projets actifs des princes. • Mais dès le 21 novembre, Mercy-Argenteau apprend à Marie-A.ntoinelle qu'elle ne doit pas compter sur le Congrès. L'Empereur estime que le Roi doit faire l'essai de la Constitution. Il doit tout au moins tenter de ramener à lui les esprits el c'est seulement • s'il arrivait le contraire• _de ce qu'on peul se promettre de cette politique, que les puissances interviendraient. « Partant de ce plan, on croit un Congrès inulile, même impossible. On ne peul traiter avec les usurpateurs de l'autorité souveraine; le roi ne peul se charger de leur mandat, el s'il s'en chargf:ait, que pourrait-on lui demander qui ne fût en contraste avec les engagements qu'il vient de prendre puisque tout ce qui serait demandé ne pourrait l'être qu'au nom el pour)e roi? ce monarque se chargeant de traiter, aurail à soutenir le pour et le contre. Si, sur un refus on se détermine à faire la guerre, à qui la fera-t-on? puisqu'après l'acceptation on no peut plus séparer le roi de l'Assemblée nationale. • L'empereur d'Autriche ne se borne donc pas à refuser toute intervention diplomatique comme toute intervention armée, il essaie de persuader à Louis XVI et à Marie-Antoinette que liés par leur acceptation de la Constitution ils sont condamnés à l'incohérence et à l'impuissance s'ils n'agissent pas dans le sens de1la Constilulion. · Louis XVI insiste encore par un mémoire du 25 novembre à l'adresse du baron de Breteuil : • Toute la politique doit se réduire à écarter les idées d'invasion que les émigrés pourraient tenter par ew:-mbnes; ce serait le malheur de la France si les émigrés étaient en première ligne, et s'ils n'avaient des secours que de quelques puissances. ' • Qui dit que d'autces, comme l'Angleterre, ne fourniraient pas au moins en secret des secours à l'autre parti, et ne tireraient pas avantage de la ra.cbeuse situation de la France se déchirant elle-mème? • li faut persuader aux émigrés qu'il ne feront rien del>ien d'ici au printemps; que leur intérêt ainsi que le nôtre demande qu'ils cessent de donner des inquiétudes. On sent bien que s'ils se croyaient abandonnés, ils se porte-

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