Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

13t2 HISTOIRE: SOCIALISTE - ----- .... - --------- ri<quaient à de dangereuses combinaisons diplomatiques el gouvernaient la politique secrète des Feuillnnls comme s'ils avaient été, à la Législative, les chefs visibles de leur parti. Non, l'incerlilude, l'incohérence de la Législative vinrent cle ceci : les classes (lirigeantes de la fiévolulion étaient encore monarchiques, et le monarque s'obstinait à trahir la I'lévolution. La fonction hi,lorique cle la Vgislativc fut de mellre fin à celle scandaleuse el mortelle contradiction. La lâche était malaisée, car la trahison du roi était secr~te : il alîeclail le respect de la Conslitulioo, tout en la paralysant, el ses négociations occultes avec l'étranger étaient couvertes par le mensonge continu de ses déclarations patriotiques. l'iti été lrès sévère pour ceux qui, dans leur impatience, dans leur vanité, ne trouvèrent d'autre moyen que la guerre extérieure pour faire éclater la trahison royale. Je ne le regrette point: car il n·esl pas démontré qu'une polilh1ue avisée, ferme el patiente, n'aurait pu obliger le roi à se découvrir sans que l'elfroyable péril de la guerre fùl déchainé. Il r.sl uien vrai que les despotes étrangers se seraient coalisés tôt ou tard contre la Révolution donl le lumineux exemple aurait partout menacé la ly• rannie. Mais y il avait un intérêt de premier ordre à ne point provoquer celle coalition, à ne point l'animer. Qui sait si l'attitude de l'Angleterre n·eot pas été autre en 1793 sans les imprudences commises par la Gironde en 179~? Mais il faut se hâler de dire que l'impatience des Girondins et aussi leur illu• s1on s'expliquent el s·excusenl par bien des raisons. Sentir la trahison sourde du roi glissée peu à peu comme un poison aux veines du pays, el ne pouvoir ni la dénoncer, ni l'éliminer, ni la châtier, esl un supplice intolérable. Comme le prépa:-ateur d'anatomie injecte des substances dans l'organisme dont il veut faire apparaitre les lignes cachées, comme le chimiste explore, par des réactifs, unè matière inconnue et suspecte, les Girondins injectèrent la guerre à la Révolution pour faire apparaitre le poison caché des trahisons royales. Dris;ol n·a pas craint de le dire et de le répéter, el une fois encore, au 20 seplemure 1702, quand il fera comme une revue d'ensemhlc de l'œuvre de la Législative, il dira avec une force singulière: • Pour convainc,-e tous les Français de la perfidie de la Cow·, il fallait la mettre ù une grande ép,-euve, et celle épreuve était la gue,-re cont1·ela maison d'Aut,-icltc; on n'a sauvé la F,·ance, comme nous l'avons dit, qu'en lui inoculant la trahison. Sans la guerre, ni Lafayette, ni Loui~ n'auraient élé pleinement démasqués; sans la guerre, la révolution du 10 aoOt n'aurait pas eu lieu; sans la guerre, la France ne serait pas république; il est même douteux qu'elle reot été de vingt ans. " Inoculation terrible. Formidable expérience, et qui laissera toujours en suspens le jugement des hommes. La Gironde se trompa en partie sur les dispositions des peuples : elle les crut plus favorables à la Révolution française qu'ils ne l'étaient; mais comme celte erreur était naturelle I Quoi I la France

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