Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1298 IIISTOIRE SOCJALIS'l'I!: Suisses, coml.11néèa,ec la menace de manifeste de Brunswick, suscilaientles plus sinistres rumeurs. On racontait, au témoignage de Chaumelle, que les plus cruelles in ventions de la tyrannie devaient élrc réveillées contre les patriotes, que si le roi availélé vainqueur, ils auraient élé immolés par milliers sur un échafoud pareil à celui que Louis XI machina, et que leurs fils, placés au-dessous, seraient couverts d'une rosée sanglante. A ceux qu'il soupçonnail d'avoir pris part contre lui à la bal-aille, au guet-apens du malin, le peuple donnait la chasse; el Louis XVI, pendant Loule la journée du 10, n·aurait pu, même sous escorte, même comme prisonnier, traverser Paris sans danger. La Commune, tout le jour, el comme si une conspiralion terril.lie était encore à craindre, continua à distribuer des cartouches. Mais peu à peu, à l'idée que bientôt le peuple, tout le peuple allait exercer sa souveraineté et nommer la grande Assemblée de comhal el de salut, les colères tombaient: el l'Assemblée législative expirante semblait participer en quelque mesure à la popularité de l'Assemblée nouvelle el inconnue qu'elle venait de promettre à la France. Celle Convenlion, c'élail, sans qu'on l'annonçât encore clairement, l'avènement de la République, c'était surtout l'avènement de la démocratie. Plus de ceos, plus de privilège, plus de distinction injurieuse et bourgeoise entre les citoyens actifs et les citoyens passifs. Sur le rapport de Jean Debry, député de l'Aisne, au nom de la Commission des Douze, l'Assemblée vota sans débat, el dans la séance mème du 10 août, que tous les citoyens de 2::; ans seri1ienl électeurs. • L'Assemblée nationale, voulant au moment où elle vient de jurer solennellement la liberlé et l'égalité, consacrer dans ce jour l'application d'un principe aussi sacré pour le peuple, décrète qu'à ra venir, el spécialement pour la formation de la Convention nalionale prochaine, lqul ciloyen français, âgé de vingt-cinq ans, domicilié depuis un an, et vivant do produit de son travail, sera admjs à voter dans les assemblées des communes el dans les assemblées primaires comme loi,t autre citoyen actif et sans nulle autre clislincLioo.• Ainsi, le suffrage universel était fondé; el ce n'était pas seulement pour la prochaine Com·ention nationale, mais pour toutes les manifestations de la vie nationale dans l'infini des temps. Et dès le 12 août, la Convention élargis,all encore la base populaire, ahaissant !'Age de l'électorat de 25 ans à 21 aus. Elle maintenait 25 ans pour l'éligibililé, mais elle effaçait pour J'éligiiJilite aus,i bien que pour l'électoral, toute distinclion enlre les citoyens acliîs et les citoyens passifs. Elle maintenait le système de l'éleclio n à 2 degrés, par des assemblées primaires, mais plut0l à titre de conseil que sous une rorme impérative; et elle fixait au 26 aoQLla nomination des A8aemblées électorales, au 2 septembre la nomination des députés.

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