Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

Il) STOIII E SOGl.\l,ISTE 1205 hommes des tribunes battit avec le cœur des Girondin~, des • hommes d'Etat •· La Gironde, en cc tourbillon auquel elle pré8idait par Vergniaud . tout à l'heure, par Guadèl maintenant, était de nouveau mt'lée à la grande pa~sion révolutionnaire <lupeuple. L'alarme des patriotes dura peu. Les Suisses qui avaient été signalés étaient déj~ des vaincus; du cMteau forcé par le peuple ils se retiraient par le Jardin des Tuileries, ils tombèrent sous les halles, les piques et les baionnellcs des vainqueurs. Quel était, durant ce drame, l'étal d'esprit du roi? Mystère impén61rable. Espéra-l-il un n ornent que le cbtlteau se détendrait el que la Révolution serait vaincue? Il as,istail de la loge du tachygraphe à la séance de l'Assemblée. Les cris qui annonçairnl l'arrilée des Suisses retentirent sans doute Joyeusement en son cœur. Peul-être aussi, au son du canon, au crépitement de la ru,illade, regretla-l il de ne pas être resté au milieu de ses soldats pour les animer de sa présence. Choudieu, qui l'obsen·a bien, affirme que tant que dura le combat, son visag., demeura Impassible; et qu'il ne s'émut que lorsque la défaite de ses suprêmes défenseurs lui fut connue. Tardivement, li fit passer aux Suisses l'ordre de ne plus tirer. Le peuple vainqueur envahit les Tuileries, les rouilla des caves au falle; el à tout moment des hommes noirs de poudre, ou le visage eu,anglunlé, entraient dans• l"Asscmblée portant des papiers, de la monnaie d"or, les bijoux de la reine, et criaient: • Vive la Nation! • C'était la victoire de la Révolution et de la Patrie. C'était aussi la victoire de la Commune révolutionnaire. C'est elle qui, en se substituant à la Commune légale, arnit pour ainsi dire rompu les ponts derrière la Révolution en marche. Il fallait vaincre ou périr. c·esl elle aussi qui en consignant Pélion, el en arrélantMaudal, avait assuré le libre essor de la force populaire. Dès le malin du 10 aoOt el à peine le Château forcé, la Commune se prcsenta à l'Assemblée, non pour demander la confirmation légale d'un pouvoir qu'elle tenait de la Révolution même, mais au contraire pour dic,er des lois. En son nom, lluguenin, accompagné de Léonard Bourdon, de Tronchon, de Berieux, de Vigaud et de Bullier, dit ceci : • Ce sont les nouveaux magislr,,ts du peuple qui se présentent à volre barre. Les nouveaux dangers de la patrie ont provoqué notre nomination; les circonstances la conseillaient el notre patriotisme saura nous en rendre dignes. Le peuple las enfin, depuis quatre ans éternel jouet des perfidies de la Cour el des Intrigues, a senti qu'il étail temps d'arrêter l'Empire surie bord de l'abime. Législateurs, il ne reste plusqu'à seco11derle peuple: nous venons ici e11 son nom, conce,•ter avec vous des mesures pour le salul public. Pélion, Manuel, Danton, sont toujours nos collègues; Santerre est à la tête de la force armée. • Que les tratlres périssent à leur tour. Ce Jour est le triomphe des vertus el Tiques: Législateurs, le sang du peuple a coulé; des troupes étrangères

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