Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

800 HISTOIRE SOCIALISTE vous ne ,ous y associerez pas; ou si vous préférez à l'amitié d'une grande nalion ,·os rapports avec quelques brigands, allendez-vous à des vengeances; la vengeance d'un peuple libre est lente, mais elle frappe sOrement. • (Applau• dissements.) O détestable griserie d'ignorance el d'orgueil. Même le Ça ira avait retenti dans le discours de Brissot « ce chant célèbre qui propagera jusque dans les derniers temps l'histoire de la Révolulion. • Brissot donna lecture d'un projet de décret qui se terminait ainsi : • Quant aux puissance, étrangères qui favorisent les émigrants el les rebelles, l'Assemblée nationale réserve à cet égard de prendre les mesures convenables, après le rapport du ministre des Affaires étrangères ajourné au 1" novembre. • C'était menaçant el vague : c'était la nuée perfi,le portant la guerre dans ses flancs. Quand Brissot descendit de la tribune d'où il avait laissé tomber tant de paroles contradictoires, aveuglantes et funestes, " une grande partie de l'Assemblée el des tribunes applaudit à plusieurs reprises. - Les applaudissements accompagnent )1. Brissot jusqu'à sa place, el quelques minutes se passent dans l'agitation. • Cc ful une journée fatale. Aucun orateur n'osa répondre nellement à Urissol qu'il compromettait témérairement la paix, et que la Révolution ne devait pas se risquer en cette grande aventure sans uue connaissance certaine de l'état de l'Europe cl sans une nécessité absolue. Les uns déclarèrent modestement el presque humhlemenl qu'ils n'avaient que« quelques étincelles à ajouter aux grarids éclairs de Brissot •; d'autres se bornèrent à dire qu'il avait « transformé tout le champ de la discus,ion • cl à demander un ajournement du débat. Les journaux démocratiques furent un moment déconcertés. Le journal Ile Prudhomme, les Révol111io11s de Paris, qui tout à l'heure, va ouvrir contre la polilique de guerre une si belle et si vigoureuse campagne, se lait tout d'abord. C'est à peine s'il menlionne le grand discours de Brissot et il ne le commente pas. Ce silence ou ce quasi-silence sur un discours aussi sensationnel est déjà signiOcatif: c'est un b!Ame secret, qui n'ose s'exprimer encore. Marat lui-même est embarrassé; lui, qui bientôt, se déchainera contre Brissot avec tant de violence, il se réserve; pourtant, avec sa clairvoyance aigull, il a bien démêlé les sophismes el les contradictions du discours, mais on di• rait qu'il n'ose prendre ouvertement à son compte les critiques qu'il suggère, et sa conclusion est bien vague. D_ans son numéro du 25 octobre, il écrit : • Je ne suivrai point M. Br;ssol dans ses considérations sur nos rapports po• li tiques avec les nations étrangères, que nous devons regarder comme enne• mies, d'après les outrages qu'en éprouvent les Français, amis de la liberté. • li pense, qu'au lieu de nous allaquer de vive force, elles for• meront entre elles, une médiation armée, pour reconnaitre la noblesse, et nou~ donner le gouvernement anglais. Mais à quoi bon, dira

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