Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

UISTOIHE SOCIALISTE 12137 d'ensemble du peuple de Paris? Ce mouvement, cc sonl les section, qui le communiquent. Dès la deu~ième quinzaine de juillet, elles nomment des délégués qui se réunisfent à l'Ilôtel de Ville, qui s'appelle mainlenanl el depuis le mois de mars « la Maison commune », Ces délégués des sections ne sont pas, comme le Comit6 central des fédérés, un simple organe d'action insurrectionnelle. Ils se considèrent corume les véritables interprètes du souverain, chargés d'arracher la France el la liberté au danger qui les menacent, el ils portent devant l'Assemblée législative des plans politiques, des sommations tous les jours plus hautaines. Ils créenl el ils représentent une légalité nouvelle, révolutionnaire et hardie, qui s'oppofe et se sub,liluera à la légalité hypocrite, caduque el bigarrée, formée de la faiblesse législatire el de la trahison royale. Dans les formules de Danton, arloplées par la section du TbéAtreFrançais, celle légalilé nouvelle trouve son expression juridique. Pour bien comprendre le grand mou vemenl populaire qui se développe en juillet et ao0l 1792, pour en démêler les sources multiples et jaillissantes, il faudrait pouvoir suivre jour par jour, en ces dramatiqnes semaines, la vie fourmillante, passionnée des 48 sections de Paris; il faudrait pouroir noter toutes lesmolions révolutionnaires, tous les détails el les péripéties de la lutte engagée. en beaucoup de sections enlre l'élément modéré cl l'élément révolutionnaire. Tantôt, suivant le hasard <les citoyens actifs présents ou absents à l'assemblée de section, c'étaient des adresses foudroyantes qui étaient adoptées, Lar.lôt, par un retour offensif, les modérés obtenaient un désaveu des adre;scs adoptées la veille. Ainsi, à la section de !'Arsenal, le grand chimiste Lavoisier, naguère fermier général, maintenant chargé du service des poudres el salpêtres, rédige la protestation contre une allresse républicaine que la section avait paru d'abor<l approuver. Mais à travers les chocs, les résistances, la force révolutionnaire se développait, el sauf dans certaines sections du centre où les influences modérées de la bourgeoisie riche dominaient, c'est contre la trahison royale, c'est pour la déchéance immédiate que les citoyens se prononçaient. Le local de chaque section était, en chaque quartier, une sorte de forteresse du peuple el de la Révolution. Souvent ce local était vaste, il devait sufflre, non pas au, as;e:nblées générales des citoyens actifs qui se tenaient dan, les églises, mais aux réunions quotidiennes des comités de section el au fonclionnemenl de la justice de paix, élue par les assemblées de section, et du Comité militaire. C'étaient, en ces jours troublés, comme des domicile:; légaux de l'esprit de Révolution, el les adresses qui sortaient de là, p1éme quand elles foudroyaient une Constitution bâtarde, avaient comme une force de légalité. Je regrette de ne pouvoir donner en enlier l'étal dressé par le Domaine, au commencement de 1703 (sauf le changement de nom de quelques sections,

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