1228 lllSTOillE SOCIALISTE choisir des généraux qui attaquaient eux-mêmes la Constitution, ou d'enchainer le courage de ceux qui la servaient? Blait-ce nous défendre que de paralyser sans ces;;c le gouvernement par la désorganisation conlinuelle du ministère 7 La Constitution vous laissc-t-elle le choix des ministr~s pour notre bonheur ou notre ruine? Vous fit-elle chef de l'armée pour notre gloire ou pour notre honte? Yous donna-t-elle enfin le droit de sanction, une liste civile et tant de grandes pr6rogalives pour perdre constitutionnellement la Constilution et l'Empire? Non, non; homme. que la gén6rosilé des Français n'a pu émouvoir, homme que le seul amour du despotisme a pu rendre sensible, ,·ous n'avez pas rempli Je vœu de la Constitution; elle est peuHtre renversée, mais vous ne recueillerez point le fruit de votre parjure; vous ne vous ôtes point opposé par un acte formel aux victoires qui se remportaient en votre nom sur la Hberlé; mais vous ne recueillerez point le fruit de ces indignes triomphes; vous n'êtes plus rien pour celle Constitution (Applaudissements des t,•ibunes) pour celle Constilulion que vous avez si indignement violée, pour ce peuple que vous avez si lâchement trahi. (Vifs applaudissements à gauche el dans les tribunes.) • C'est un prodige de ,·érilé et d'art, de passion el de tactique. L'hypothèse que fait Vergniaud coïncide par tant de traits avec la réalité, que le poids de ce réquisitoire sublime tombe directement sur Je roi, à peine atténu6 et comme détourné par un suprême et presque impossible espoir. Et cependant, en forçant quelques traits, en parlant un moment comme si la Conslilulion était déjà ruinée; la France déjà envahie et ensaoglanlée, en allant ainsi au delà de la réalité, Yergniaud semblait dire au roi: « Ce que je vous dis ne ~•appliquera entièrement et définitivement à vous que si vous laissez se développer la crise, si vous ne vous retirez pas des chemins toujour;; plus glissants de trahison. • Cc discours de Yergniaud enveloppe le roi d'un prodigieux éclair, mais la foudre circulant autour de lui ne le frappe pas à mort; elle lui accorde un suprOme répit. Je ne sais rien de plus beau, de plus émouvant que cet eliet à la fois direct, ~iolent et suspensif. L'art inOoi el la sublime inspiration de l'orateur se marquent, qu'on me pardonne ce détail, jusque dans la structure grammaticale. C'est une seule phrase qui porte en elle, comme une vaste nuée, ce grondement de foudre et cet éblouissement d'éclairs. Elle est toute enlière suspendue à son premier terme qui marque l'hypothèse: « Si tel était le résultat », el ce premier terme d'hypothèse reparait avant le terrible anathème final : ainsi l'.\ssemblée ne peul pas oublier un moment que, si voisine de la réalité, si effroyablement vraisemblable que soit la supposition de l'orateur, elle reste pourtant en quelque mesure une supposilion. El pourtant, les développements suspendus à cette hypothèse ont une telle abonùauce et une telle étendue, une telle force directe, qu'on ne sait plus si
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