Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1226 IIISTOIIH; SOCIALISTE faire dans l'intérieur de la France et qu'un camp de réserve fût évidemment nécessaire pour prévenir ou arrôter ces progrès, s'il existait un décret qui rendil infaillible el prompte la formation de ce camp; si le roi rejetait ce décret el lui substituait un plan dont le succès fût incertain; el demandait pour sacréalion un Lemps si considérable que les ennemis auraient celui de 1~ rendre impossible; si le Corps législatif rendait des décrets de sùreté générale, que l'urgence du péril ne permll aucun délai, que cependant la sanction fùl refusée ou différée pendant deux mois; si le roi laissait le commandement de l'armée à un général intrigant, devenu suspect à la nation par lesfautesles plus graves, les attentats les plus caractérisés à la Constitution; si un autre général nourri loin de la corruption des cours et familier avec la victoire, demandait pour la gloire de nos armes un renfort qu'il serait facile de lui accorder; si, par un refus, le roi lui disait clairement: • Je te défends de vaincre•; ,i, mettant à profit cette funeste temporisation, tant d'incohérence dans notre marche politique ou plutôt, une si confiante persévérance dans la tyrannie, la ligue des tyrans portail des atteintes mortelles il. la liberté, pourrait-on dire que le roi a fait la résistance conslilutionnelle, qu'il a rempli pour la défense de l'Etat le vœu de la Con~litution, qu'il a fait J'acte formel qu"elle lui prescrit? • Vous frémissez messieurs ... « Souffrez que je· raisonne encore dans cette supposition douloureuse. J'ai exagéré plusieurs faits, j'en énoncerai même tout à l'heure qui, je l'espère, n'exHeront jamais, pour ôter tout prétexte à des applications qui sont purement hyp~théliques; mais j'ai besoin d'un développement complet, pour montrer la vérité sans nuages. ( Vifs applaudis,emen/s à ga11clteel dans les 11·ibtmes.) • Si tel élait le résultat de la conduite dont je viens de tracer le tableau, que la France nagefit dans le ,ang, que l'étranger domini\t, que la Constitution fût ébranlée, que la contre-révolution COLlà, el que le roi vous dise pour sa justification: « Il est vrai que les ennemis qui déchirent la France prétendent n'agir que pour relever ma puissance qu'ils supposent anéantie; '"enger ma dignité, qu'ils supposent flétrie; me rendre mes droils royaux, qu'ils supposent corn- ; promis ou perdus; mais j'ai prouvé que je n'étais pas leur complice, j'ai obéi il. la Conslitulion qui m'ordonne de m'opposer par un acte formel à leurs entreprises puisque j'ai mis des armées en campagne. Il est vrai que ces armées étaient trop faibles, mais la Constitution ne désigne pas le degr,' d,: force que je det·ais lew· donner; il est vrai que je les ai rassemblées trop tard, mais la Constitution ne désigne pas le temps auquel je devais les rassembler; il est vrai que des camps de réserve auraienl pu les soutenir, mais la Constitution ne m'oblige pas à former des camps dr ri'serve. Il est vrai que lorsque les généraux s'avançaient en vainqueurs sur le tel'-

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