Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOlllE SOCIALISTE 119i Les Lamelh Unirenl cependanl par décider quelques doublures : Chambonas eul les affaires étrangères, Lajard, la guerre; Terrier de ~lonciel, président du département du Ju~, eut l'intérieur. Girondins et robespierristes étaient brusquemenl rapproch6s par l'avènement de leurs ennemis communs. Mais c'est surtout l'intervention menaçanfe, arrogante, du chef des feuillants, de Lafayette, qui un moment refit entre la Gironde et Robespierre un semblant d'union. Après la chute de la Gironde, Lafayette crut qu'une action décisive !les modérés arrêterait ou même refoulerait le mouvement révolutionnaire. Du camp de ~laubeuge où il commandait en cher l"armée du centre il écrivit à l'Assemblée une lettre datée du 16 juin, et qui fut lue à la Législative par son présidenl à la séance du 18. C'est le manifesle du modérantisme agressif. C'est l'annonce d'une sorte de coup d'Elat modéré contre toutes les forces populaires el ardemmenlrévolutionnaires. La popularilé de Lafayelte, surtout depuis la journée du Champde-Mars, était alleinte profondément, et il soulfrail dans sou orgueil et sa vanité. Peul-èlre aussi, par une sorlc de poinl d'honneur médiocre el de famse chevalerie voulait-il, après avoir conlribué à limiter le pouvoir royal, maintenir ce qui en subsistait contre taule agression nouvelle. Chef de la bourgeoisie modérée, des classes moyennes, il lui semblait que la Révolution ne devait pas dépasser ce poinl d'équilibre. El comme s'il n'avail affaire qu'à une tourbe impuissante et méprisée, forle seulemenl de la timidilé des sages, il crut pouvoir parler de lrès hau l. S'if avait réussi, s'il avail entrainé la France dans les voies du modérantisme exclusif el agressif, la Révolulion, destituée de ses forces vives, n'aurait pas lardé à tomber aux mains des réacteurs. Donc. dans un silence émouvant, silence de haine ou silence d'admiration effrayée, la lettre de Lafayette fut entendue par la Législative. • l\lessieurs, au momPnl trop différé peul-être où j'allais appeler votre atlenlion sur de grands intérêts publics, el désigner parmi nos dangers la conduile d'un ministère que ma correspondance aceusail depuis longlemps, j'apprends que, rlémasqué par ses di\ isions, il a succombé sous ses propres intrigues; car sans doute, ce n'est pas en sa.:rifianl lrois collègues, asservis par leur insigni!lance en son pouvoir, que le moins excusable, le plus noté de ces ministres (Dumouriez) aura cimenlé dans le Conseil du roi son équivoque et scandaleuse existence. • Ce n'esl pas assez néanmoins que celle branche du gouvernement soil délivrée rl"une funesle influence. La chose publique est en péril; le sorl de la France repose principalemenl sur ses représentants; la nalion allend d'eux son salut, mais en se donnant une Constilution, elle leur a prescrit l'unique route par laquelle ils peuvent la sauver. • Persuadé, )lessieurs, qu"ainsi que les Droils de l'homme sonl la loi de toute Assemblée constituante. une Constitution devient la loi des législateurs

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