Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOIRE SOCIALISTE 1179 livrée."Et si Marat entend par là que c'est la Cour qui a suggéréauxmini.Lres girondins ridée de convoquer les vingt mille hommes, il se trompe grossièrement. Robespierre, dans le numéro 5 du Défenseur de la Constitution attaqua, Jui aussi, el longuement le projet Servan. Si c'est pour comballre les ennemis du dehors qu'on rassembl~ ces vingt mille hommes, pourquoi mettre le camp si loin do la frontière? El si c'est contre les ennemis du dedans qu'on les réunit, pourquoi ne pas avoir confiance dans le peuple révolutionnaire de Paris 7 « Quels sont les brigands que nous avons à craindre 7 Les plus dangereux à mon avis, ce sont les ennemis hypocrites du peuple qui trahissent la cause publique el foulent aux pieds les principes de la Conslilulion I Ce sont ces intrigants vils el féroces qui cherchent à tout bouleverser, pour dilapider impunément les finances de l'Elal, pour immoler du même coup à leU1·ambition el à leur cupidité el la fortune publique el la Constitution même. « Or, on ne dompte pas de tels ennemis avec une armée. Que dis-je? elle peul maitriser un jour le corps législatif lui-même, devenir lôl ou tard l'instrument d'une faction ; elle peul être employée à opprimer, à enchainer le peuple, à protéger ou à. exécuter les proscriptions méditées et déjà commencées contre les plus zélés patriotes qui ne composent avec aucun parti. La voie de l'élection proposée peul prouver les principes civiques du ministère; mais elle ne fait point disparaitre le danger. L'intrigue el lïgnorance peuvent s'emparer de l'urne des scrutins; surtout dans un temps où Ioules les factions s'agitent avec lanl ùe force. « L'expérience sans doute nous a déjà donné sur ce point des leçonsassez mullipliées; elle nous a prouvé encore combien il est facile d'égarer et de séduire ceux qui n"élaicnt pas corrompus. L'homme faible ou ignorant, el l'homme pervers sont également dangereux ; l'un el l'autre peuvent marcher au même buL, sous la bannière de lïntrigue el de la perfidie. Tous ces inconvénients se multiplient quand il s'agiL d'un corps armé. L'orgueil de la force et l'esprit de corps sont un double écueil presque inévitable. Rousseau a dit qu·une nation cesse d'être libre dès qu'elle a nommé des représentants. Je suis loin d'accepter cc principe sans restriction ... mais je ne crains pasd"affirmer que dès le moment où un peuple désarmi a remis sa force et son salut à des corporations armées, il est esclave. • Je dis que le pire de tous les despotismes, c'est le gouvernement militaire. Ceux qui ont invoqué le patriotisme des départements pour répondre à ces observations générales el politiques, étaient bien éloignés de l'étal de la question; puisque les dangers dont j'ai parlé sont attachés à la nature même des choses. Qui a rendu plus d'hommages que moi au caractère de la nation française, mais sont-ce les départements qui arriveront tonl entiers? Ce sont des individus que nous ne connaissons point encore; et dans celle situation

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