Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTO!UE SOCIALl"'TE 791 peut se dissirm,ter que plU$ieurs propriétés foncières ont ité usurpéPs. Je d,- mande, comme extmsion du principe décrété, que toutes lespropriétés foncières dont les titres primitifs ne pourront pas être 7eproduits, soient dilclarées biens nationaux.• L'Assemblée ne statua pas, elîrayée sans doute par les commentaire-.; que provoquerait un tel débaL Le 17 el le 18 ju:io, l'Assemblée acheva de voler les articles du projet du comité : les modérés ayant manqué la manœurre le i4, n'osèrent pas recommencer la résistance. ~lais il s'en faut que l'abolition du régime féodal soit encore complète. Il ne s'agit ici que des droits casuels. De nouveaux pas très hardi, seront faits après la Révolution du 10 aoOt. Nous retrouverons donc la question féodale, la question paysanne, dans la suite des événements révolutionnaires. Si je l'ai tout d·abord suivie jusqu'ici, c'est parce que, à défaut des cahiers électoraux, je voulais faire apparaitre d'emblée la pensée des paysans. JI est visible que la poussée paysanne se joint à l'agitation des villes et à la terrible logique des événements, pour faire passer le pouvoir révolutionnaire des modérés aux démocrates. LA GCERRE OU LA PAIX La Législative était une assemblée assez inconsistante el hésitante. Presque tous les nouveaux élus avaient une certaine expérience révolutionnaire. Au moins dix-neuf d'entre eux sur vingt, étaient des fonctionnaires électifs de la Révolution: maires, Juges de paix, administrateurs du déparlcmcnt ou du district, procureurs syndics, membres du directoire du département. Ils avaient vu de près et surveillé les grandes opérations révolutionnaires, la vente des biens nationaux. Ils avaient vu de près aussi les menées contrerévolutionnaires, les intrigues des nobles, les révoltes des prêtres insermentés. Ils étaient donc dévoués de tout cœur à l'ordre nouveau et avertis de ses périls Mais ils n'avaient aucune politique bien nette. Beaucoup d'entre eux avaient été élus sous l'impression des événements de juin 1791. lis avaient vu la ponstiluante se rallier désespérément à la royauté et il leur semblait impossible de tenter un autre chemin. La sanglante journée du Champ-deMars, dont la responsabilité fut attribuée aux démocrates, pesa aussi sur les élections. A Paris, les modérés l'emportèrent. Danton fut battu, et c'est à grand· peine que Brissot fut élu après une dizaine de scrutins qui lui furent défavo• rables. Pourtant, Paris, qui dans les élections pour la Législative inclina .-ers les Feuillants, donna la majorité aux Jacobins et même aux Cordeliers dans les élections municipales. Pétion fut élu maire cle Paris contre Lafayette, et Danton rut élu substitut du procureur de la Commune. JI y a,·ait incrrtitude et flottement. Et il semble, qu'on pouvait dire de la Législative ce que Des-

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