1003 HISTOIRE SOCIALISTE sous l'influence des é,·énemenls, il se développât. La taxation des denrées n'était-elle pas au fond une limitation du droit de posséder, non pas, si je puis dire, en surface, mai, en profondeur? Dans la pétition des habitants d'Etampes, il y a des ébauches hardies. Le maire d'Etampes, Simonneau, s'étant oppo~é par la force et au nom de la loi aux paysans qui voulaient taxer les grains, avait été tué par le peuple en fureur. Toute la bourgeoisie révolutionnaire le glorifia comme un martyr de la loi. Les Jacobins de Paris adressèrent une lettre de respectueuse sympathie à sa veuve. Et une répression violente commença. Sous les coups répétés de la loi, les habitants d'Etampes au dé espoir adre.sèrent une supplique à l'Assemblée; elle fut rédigée par un curé révolutionnaire, Pierre Dolivier, • curé de 1tancb1mp et électeur •, un de ces prêtres de la Révolution qui étaient rt••tés près du peuple el qui, à celle date, et pour quelques mois encore, sal'ent en traduire la pensée. li explique, en une note curieuse, qu'il est lïnterprèle fl<lèlede la conscience populaire. • On nr manque-a ras sans doute d'ob-erver qu'il y a là une philosophie bien au-clessu, de la portée des pétitionnaires. A cela le rédacteur répond que s'il s'élève quelquefois au-dessus de leurs concepUo os, ce n'est que pour mieux rendre leur Yéritable Yœu et rour se rapprocher des idées des philosophes auxquels il s'adresse. Quoi qu'en disent ceux qui déprisent aujourJ'bui ce qu'ils appelent populace, la classe ·infime du peuple est bien plus près de la philosophie du droit, autremc,it dit de l'l'quilé naturelle, !Jtletoutes les classes supériéw•rs qui 11e font q11es'en éloigner progressivemeiit. En général, on ne demrmdr fortement /ustice que jusqu'à soi, et /amuis guère pour ceux qui sont drrrii>re. L'amour-propre est même 0att6 de voir des exclusions et abonde en faux rabonnements pour les jusliner à ses propres yeux. C'est ainsi que le, conditions pour le droit de vote et pour l'éligibilil6 qui excluent les trois quarts des citoyens ont trou\'é des partisan• et des apologistes, c'est ainsi que l'homme dénué sent que, pour que la /ustice vienne /usqu:à lui, il faut qu'elle soit 1111irer.,elle, ce qui n'existera jamai• parmi nous, mal1iré nos beaux Droits de l'llomme, tant que nous conserverons notre aristocratique mode électoral. • ~I irx et Lassalle ont exprimé souvent celle pensée admirable que la révo- 1 lulion prolétarienne serait la vraie révolution humaine parce que les prolétaires ne pourraient invoquer aucun privilège, mais seulement leur titre d'homme. Ce n'est pas une forme de propriété qu'ils feraient prévaloir, mais l'humanité toute pure, l'humanité tcute nue, et la propriété nouvelle serait seulement le vêtement de l'humanité. Qudnd Dolivier, parlant au nom des paysansetoU\·rlel'! de l'Ile-de-France, démontre que lt! plus pauvres sont les uais interprètes, les vrais gardiens des Droits de l'Homme, parce qu'ils ne sont en effet que des hommes, et qu'en e111
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