1022 JllSTOIRE SOCIALISTE Conlinuer ces paiements avanl d'avoir lout contrôlé, c'élait s'exposer à accroitre Lousles jours l'émission des assignats. ClaYièrc était dès ce momenl le financier de la Gironde. Lui-même avail élé mêlé à bien des spéculations: il a,ait élé accusé jadis de s'être serl'i de la plume de Mirabeau pour mnener une baisse des aclions de la Compagnie des Eaux, et sa proposition, si elle élail calculée pour soulager le crcdil de la Hél'olution et la charge des assignals, pouvait l'avoir été aussi pour déterminer une baisse subite de tous les tilres soumis à liquidation. Vergniau,1, qui présidait ce jour-là (5 nol'embre), loua « son génie». li y a1ail en effet dans sa conceplion quelque chose de hardi et de populaire. Elle menaçait surtout les priYilégiés d'ancien régime, les porteurs de créances suspectes, les détenteurs d'orfices immoraux que la Cour aYait prodigués. Elle fermait ou semblait fermer selon l'expression de Clavière lui-lll~me, « la tranchée qui me1iaçail le gage des assignats », par la concurrence des reconnaissances de liquidalion. Enfin, comme ClaYière, après avoir ainsi préserl'é le crédit de l'assignat, de- •man,1.iil la création de coupons d'assignats de 10 sous, c'est-à-dire la création d'une monnaie de papier commode au peuple, le succès de sa proposition rut très vif un moment dans le parti populaire. El Bri>sot, en décembre, s'engagea à fond dans le même sens. liais l'Asrnmblée résistait. Elle étail troublée par les rQl:lamations violentes de tous les porteurs de litres, et elle craignait que le mot de suspension ·de paiement ne fùt interprété par le pays dans le sens d'une banqueroute : les formidables 1aroles de llirabeau retentissaient dans les mémoires, et la Ugislalive, par une motion solennelle el presque unanime, repoussa Loule su~pension, tout ajournement de paiemenl cornme contraire à la foi publique. C'élail s'oblif(er par là même à dépasser tout de suile le chiffre d'émission d'assignats fixé par la Constituante. Cambon qui avait conquis d'emblée une aulorilé éminente dans l'Assemblée 1ar la clarté de son esprit, la vigueur de son caractère el lïmmensilé de son labeur, était dès lors comme le chien de garde grondeur qui veillait sur le crédit de la Révolution. Lui aussi, il avait accueilli ayec quelque complaisance secrète la motion de Clavière; il aurait l'Oulu la pleine lumière dans les finances révolutionnaires avant qu'un seul assignal nouveau fOt émis. Mais le sentiment véhément de l'Assemblée contre toute suspension des paiements l'avertit de chercher des combinaisons plus modérées. Il proposa à la Législalive le 21 novembre d'assigner à tous les créanciers un ùélai pour produire leurs litres: passé ce délai, leur dette cesserait d'être • exigible•; elle ne serait point annulée: mais elle serait consolidée en delle perpéluclle, et la nation n'au rail plus qu'à servir les intérêts sans être obligée d'en rembourser le capital en assignats. Mais si tous ces e!îorls et de Clavière et de Brissot et de Cambon luimôme témoignent qu'à celte date les hommes prévoyants se préoccupaient de
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