Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1010 HISTOIIlE SOCIALISTE se procurait 150 livres d'assignats; les étraogers avaient donc un bénéficPrésullanl du change quand ils achetaient en France, mais malgré ce bénéfice, le Ile êtail, selon Ducos, la tendance des sucres à s'élever sur les marchés étrangers au niveau des cours de France que les Anglais, les Allemands ou les llollanclais n'a,aienl aucun intérêt à nous acheter pour nous revenclrn.) Vous voye= encorp que nous ne supporterons pas SP1ds l'accroissnnl'lll de son prix el qur la nation trouve du moins un faible dédommagemrnl de celle calamité momenlan,:e dans l'augme11la/il)11de ses bénéfices avec les nations tllrangèrcs. Vous ne me verre~ jamais donner mon asse11linu11taux mes1wes prohibilives qui 1ous seront propo>ées. mais lorsque j'élèl'crai ma voix en faveur de la liberté du commerce, ce n'c,l pas une lihrrlé pa,ticlle el illu,oire que je réclamerai; j'ai prouvé que celle qu·on a ~oilici Lio 111•pouvait produire aucun avanla1<e en ce moment. Je ne lui trouve 1L,iltcu1s d'autre inconvénient que d'être inutile el de donner si clic élail adoptée, une iclée aussi désavantageuse qu'injusle des lumières de l'Assemblée en matière de commrrce. La proposition qui vous c,l faite se réduit en 1111 mot, à permettre la lihrc imporlalion en France. d'une denrée qui ne peut y ,cuir de nulle part. Je conclus à ce qu'elle soit écart,'e. « La grande mesure qui consisle ,l ptohiber lasorlie des sucrrs du ,·oyaume aurait des coméquences plus funestes. Elle ne peul être envirngéesans effroi~ par ceux qui 0111dPs notions saines sur nos 1·elalio11scommerciales. J'ai annonci' que la France ne co11Somme qu'à pru près la huitième partie du sucr1·qu'elle ,·ecoü dP ses colonies; elle en e.r11érlirdonc a111well,·men1les sepl huilièmrs11011r[étranger; j'ajoute une seconde observation. Nous recevo11sle sucre de nos colonie~ de deux sortes: le brui qui n·a rec,1 que les premières pré1iar11lio11S 1 el c'est presq11e uniqucmrnt de celle qualilrl que co11sommPnl les f11briq11es11111io11ales, l le sucrP terré qui n drljà re,u un commcncemenl de raffinage el qui passe che; nos voisins. La valeur de celle dernière sorle esl double à peu près de celle du suc1·e brui. • Yom sentez maintenant qu'en prohibant la sorliede cet immense excédent de consommation : • 1' You, priiez la nation d'une portion de revenu très consiclérahle et très lucrative qu'on peul 61aluer à plu, de 30 millions par an; • 2' Vous lui culcvez la faculté de se libérer avantageusement des delles qu'elle t·onlracle chez 1'6lra11ger; car il y a plus dP profil à ,older nos voisins avec rlu sucre qui gagne, qu'avec des assignats, qui perdent;° • 3• Vous paralysez entièrement le commerce des ports avec vos colonies; car un armateur se garderait d'envoyer du vin el de la farine à SainlDomingue pour rece,·oir en retour du sucre dont il n'aurait plus le débouché, el sur lequel il perdrait, pour s'en défaire, une forte partie de son capital ; • 4• Vous occa~ionnez dans les fortunes de vos concitoyens un bouleversement terrible, car il résulterail de la chute et du délaissement subit de celte

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