Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

IIISTOII\E SOCIALISTE Tous préfèrent la guerre à \'Oir plus lo11glemps la dignité du peuple français outragée, el la st'.lrelénationale menacée. « J'avais d0, préalablement, épuiser Lous les moyens de maintenir la paix; je 1iens aujourd'hui aux termes de la Constitution, proposer à l'Assemblée nationale la guerre contre Je roi de Bohème el de Hongrie. » Un seul député, Becquey, tenta de s'y opposer. La guene fut décidée à une immense majorité dès la séance du 20 avril. Enlrc le vieux monde monarchique el féodal el la Révolution démocratique, un choc immense allait se produire. Nul alors, parmi ceux qui volèrent la guerre, n'en prévit !"immensité el la durée. Ou bien ils croyaient qu'elle serait limitée à l'Autriche, ou bien ils imaginaient que l'esprit rél'olulionnaire déchainé sur le monde allait en quelques jours plier les vieux pouvoirs comme des herbes sont pliées el flétries par un vent d'orage. Mais il y avait dans la France rérnlulionnaire une telle force de pa•sion, un orgueil si véhément de la liberté que même si elle avait pu mesurer exactement l'étendue de la lulle où elle entrait, elle n'aurait pas reculé. SeuJ, le fantôme du despoli;me militaire, grandissant à !"horizon, l'aurait rail hésiter peul-être. La ferveur el le rayonnement de l'enthousiasme lui cachaient le péril. Chose curieuse et vraiment dramatique! Au moment où Louis XVI enlra pour soumettre à l'Assemblée la déclaration de guerre, c'est Condorcet qui élail à la tribune et qui y développait un pl;in admirable el vasle dïnslruclion publique. Condorcet, nous l'avons vu, croyait à la nécesssité de la guerre: mais il s'e!forçail de la Jimilcr, et on aurajl dil qu'il essayait d'occuper d'avance l'horizon par de magnifiques projels pacifiques. Le plan d'inslruclion publique, lei quïl le développait, supposa il en elTcl la paix. ll prévoyait une extension rapide des premières mesures proposées ; cl il disait: • On pourrait nous reprocher d'avoir trop resserré les limites de l'instruction donnée à la généralité des citoyens, mais la nécessité de se contenter d'un seul mallre pour chaque élablisscmenl, celle de placer des écoles auprès des enfants, le pelil nombre d'années que ceux des familles pauvres peuvent donner à l'élude nous ont forcés de resserrer celle première instruction dans des bornes étroites; el il sera facile de les reculer lorsque !"amélioration de l'état du peuple, la dislribulion plus égale des fortunes, suite nécessaire des bonnes lois, les progrès des méthodes d'enseignement, en auront amené le moment; lorsqu'enfin la diminution de la delle et celle des dépenses superflues permettra de consacrer à des emplois vraiment ulilr.s une plus forte portion des reveuus publics. • Voilà le grand rêve de démocratie pacifique, éclairée, égalitaire, que dé- _ployail Condorcet au moment même où arrivait le roi, portant la déclaration officielle de la guerre qui allait engloutir pour des générations toutes les ressources du pays. Que Condorcet ail d(I descendre de la tribune pour

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