Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOIRE SOCIALISTE 0'17 El lorsque, à la date du 15 février, le roi fil parveuir à Dumouriez alors maréchal de camp de la douzième division en Vendée, sa nominalion de lieulenaot-général el l'appela à l'armée du Nord, il ne ful pas fâché sans doute de hausser d'un degré un homme à combinaisons el qui pouvait être utile. Dans les quelques mois qu'il v~nail de passer en Vendée, pour apaiser les troubles, pour protéger les patriotes, Dumouriez avait révélé aux observateurs attentifs Loul son caractère. Il avait, malgré ses cinquante-cinq ans, une acti vilé d'esprit el de corps, un ressort de jeunesse admirables, je ne sais quelle aisance allègre qui semble ôter de leur poids à tous les fardeau,,, une nellel6 de pensée supérieure, el un égoisme lumineux el vif qu'aucun pré• jugé n'obscurcissait, qu'aucune conviction forte n'emuarrassail. 11n'était lié à l'ancien régime qui l'avait méconnu, par aucun lien de reconnaissance, el il n'était lié à la Cour pat aucun sentiment de pitié ou de chevalerie. Mais il ne désirait point la disparition de la royauté, el j'imagine qu'il prérérail un étal compliqué et incertain, mêlé de tradition royale et de démocratie, d'intrigue de cour el d'intrigue de club, parce qu'il se croyait plus en étal que d'autres d'évoluer, de se pou55er dans ces complications. La pure démocratie et la pure monarchie lui paraissaient, en simplifiant à l'excès le problème, multiplier, aux dépens des habile,, le nombre des hommes capables de le résoudre. Pas plus qu'il n'avait de respectueuse pilié pour le roi el la reine, il n'avait pour la Révolu Lion une déférence fanatique el profonde; ce qu'il aimait en elle c'était seulement la force neuve, la force jeune qui donnait l'essor de Loule part aux énergie, inemployées. Mercier du Rocher, dans les mémoires inédits aultquels Chas;io a fait de si intéressants emprunts, raconte une conversation de Dumouriez en septembre i791, en Vendée, qui le peint à merveille: • Dumouriez nou, emmena souper_ chez lui, maison de Denfer, située dans la prairie ... ; le repas fut frugal, la conversation animée. Le général, très madré, très roué, nous raconta ses aventures de l'ancien régime, nous parla de sa captivité à la Bastille, et nous promit de tenir tous les malveillauls dans le devoir. Il ajouta que, tandis qu'bn applaudissait sa conduite aux Jacobins de Paris, on le traitait d'aristocrate au club de Nantes, parce qu'il avait fait meure en liberté des gentilshommes qu'on av ail enfermés dans Je château de celle ville, et que ces sortes de violences ne lui plaisaient poiut quoiqu'il fO.lennemi juré des conlre-révolulionnaires. • li nous parla de la Révolution, dn Roi, de l'Assemblée nationale avec la légèreté d'un militaire français; il nous dit qu'elle n'était plus qu'une vieille putain qu'il fallait se hâler d'éconùuire. Celle expression élail juste. sous bien des rapports. Il nous parla de ses amis, il nous parla de son beaufrère {Lemarquis d'Auvanl de Perry) qui avait épousé sa sœur. • • Il avait aussi un autre beau-frère ·comte : c'était Rivarol-, dont la sœur vivait avec lui. Elle était bien dans sa maison, mais comme elle était jeune el

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